En moins de dix ans, la France a perdu un cinquième de ses exploitations agricoles, ce qui représente plus de 100.000 professionnels qui ont jeté l'éponge. Lors des trois dernières décennies, la baisse atteint même les 60%. Un désintérêt pour la profession qui s'explique par des conditions de travail toujours plus difficile, à laquelle s'ajoute une baisse de leur pouvoir d'achat. Des raisons qui poussent les agriculteurs français à exprimer leur colère depuis plusieurs jours, avec un mouvement entamé en Occitanie et qui s'étend progressivement dans le reste de l'Hexagone. Mais alors, concrètement, quelles sont les raisons de cette défiance ? Que réclament les agriculteurs ?
Le mal-être des agriculteurs n'est pas un secret. Il faut dire que leur rythme de travail, particulièrement intense, ne se retranscrit pas, loin de là, sur la fiche de paye. Pire, l'activité devient de moins en moins rémunératrice. "En 30 ans, le revenu net de la branche agricole a baissé de près de 40 % en France en euros constants", indique dans une note en date de 2022 le ministère de l'Agriculture.
Dans le détail, selon une étude de l'Ifop, si "le revenu disponible moyen annuel des ménages agricoles s’élève à 52.400 euros", seulement "un tiers provient de l’activité agricole, soit 17.700 euros". Ainsi, la profession en elle-même ne rapporte pas suffisamment, si bien qu'une majorité d'entre eux dépend du revenu issu d'une autre activité, ou de l'activité de leur conjoint, pour vivre décemment. Et encore, cela n'est pas toujours suffisant : 18% des membres des ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté en France (soit davantage que les membres des autres ménages ayant une activité (13%)). Les éleveurs bovins et porcins sont les plus touchés.
Par ailleurs, "l’inflation ne profite pas aux agriculteurs. Nous avons toujours les prix les plus bas et ce n’est absolument pas supportable", s'est insurgé dimanche sur France Info le premier vice-président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), Jérôme Despey. "Aujourd’hui, nous avons des charges qui sont très importantes de plus de 20% et le prix de nos produits [...] n’augmente pas, et même diminue", a-t-il ajouté.
Autrement dit, les marges sur les produits agricoles, grevées par l'augmentation des matières premières et des coûts de production, s'affinent au fil des années et ne suffisent plus à survenir aux besoins de milliers de producteurs. Les exemples des éleveurs bovins ou des producteurs laitiers sont particulièrement parlants. "On a du mal à joindre les deux bouts. On ne décide pas du prix de vente", confirme Cédric Baron, agriculteur bovin et céréalier de Montoussin (Haute-Garonne), au micro de TF1.
"La pénibilité physique a laissé peu à peu la place à une pénibilité morale qui est due notamment à l'édiction de règles et de normes de plus en plus lourdes à supporter (…) à un moment donné la coupe déborde", a lancé samedi Etienne Gangneron, président de la chambre d'agriculture du Cher au ministre de l'Agriculture Marc Fesneau. Les syndicats dénoncent, en effet, des normes françaises et européennes toujours plus nombreuses et restrictives. En 2022, "1786 décrets réglementaires, contenant plus de 10.730 articles", ont vu le jour, selon le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises, François Asselin, mardi sur Radio Classique. Le cas des haies, qui dépendent parfois de plus d'une dizaine de réglementations différentes, est particulièrement édifiant.
Parmi les grandes mesures prises à l'échelle communautaire, celle des terres en jachère cristallise les tensions. L'obligation imposée par l'Europe de laisser certaines de ses terres en jachère. Depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, la Politique agricole commune (PAC), qui régie les normes européennes à respecter en la matière, exige de consacrer 4% des exploitations agricoles d'une superficie supérieures à 10 hectares à des surfaces non cultivées. Une part que le Parlement européen aimerait monter à 10% d'ici à 2030 afin de faire reposer les terres et préserver davantage l'environnement.
La pilule ne passe pas chez les professionnels du secteur, qui ont l'impression de gâcher le potentiel d'une partie de leur domaine. "Ce sont des milliers d'euros qui ne rentrent pas. Et derrière ça, l'agriculteur a des emprunts pour payer l'investissement qu'il a fait, les terres qu'il a achetées. C'est une perte sèche", dénonce, par exemple, le céréalier Joël Arnaud, au micro de TF1.
Pour rappel, d'après l'Union européenne, plus des trois quarts des terres abritant des espèces végétales ou animales seraient aujourd'hui dans un état de conservation mauvais ou médiocre en raison de la pollution, de l'urbanisation et de l'exploitation intensive.
"Pas d'interdiction sans solution", martèle la FNSEA, son mantra au sujet des pesticides dont l'utilisation est de plus en plus contestée en raison des effets nocifs sur la santé. Là encore, c'est l'Europe qui est en première ligne. Un projet législatif faisant partie du ...
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