Les grands singes sont nos plus proches parents du règne animal. Et depuis quelques années, les chercheurs nous alertent : leur survie est menacée. D'autant plus aujourd'hui, car sous la pression des Hommes, leur aire de répartition pourrait subir une perte de plus de 85 % d'ici 2050.
Vous aimez nos Actualités ?Inscrivez-vous à la lettre d'information La quotidienne pour recevoir nos toutes dernières Actualités une fois par jour.Cela vous intéressera aussi[EN VIDÉO] Live : la cohabitation est-elle toujours possible entre hommes et grands singes après la crise du coronavirus ? Futura a invité Fabien Quétier, ingénieur agronome et docteur en écologie au bureau d’étude Biotope, et Nicolas Granier, docteur en écologie et primatologue également pour Biotope, à partager avec nous leurs expériences de cohabitation avec des grands singes.
Voilà des années que les chercheurs nous en avertissent : les singes sont en danger d’extinction. La plupart des populations ont déjà commencé à décliner. Et les grands singes n'y échappent pas. Une nouvelle étude menée par la Wildlife Conservation Society (États-Unis) prédit aujourd'hui un déclin massif de l'aire de répartition des gorilles, chimpanzés et bonobos d'Afrique d'ici 2050. En cause : le réchauffement climatique, les changements d'utilisation des terres et la croissance de la population humaine.
L'étude repose sur une base de données spécifique de l'International Union for Conservation of Nature (IUCN), la base Ape Populations, Environments and Surveys. Dites A.P.E.S., en clin d'œil à l'anglais signifiant singes. Elle contient des informations sur les populations de grands singes pour de nombreux sites et collectées depuis 20 ans.
Les chercheurs ont travaillé sur ce qu'ils appellent le meilleur et le pire scénario. Le meilleur impliquant une baisse lente des émissions de CO2 et la mise en place de mesures appropriées. Le pire correspondant au tristement fameux « business as usual ». Dans le premier cas, les scientifiques tablent sur une perte de 85 % de l'aire de répartition des grands singes, également répartie entre zones protégées ou non. Dans le second cas, la perte irait jusqu'à 94 %, dont 61 % dans des zones aujourd'hui non protégées.
Chimpanzees and other African Great Apes could lose up to 94% of their range in the next 30 years. Researchers @LJMU@idiv@MPI_EVA_Leipzig, @UniHalle and others calculated the effects of climate change, changing land-use and human population #Growth. https://t.co/PvObNIKm1ppic.twitter.com/77GEflx2nK
— iDiv Biodiv Research (@idiv) June 7, 2021
Les chercheurs rappellent que les grands singes pourraient adopter la stratégie des végétaux pour s'adapter au changement climatique : se déplacer en altitude. Ce sera seulement possible si les collines avoisinantes sont suffisamment hautes pour offrir un asile aux primates... et aux végétaux et autres petits animaux dont ils se nourrissent. Mais même dans les régions montagneuses, les grands singes seront-ils réellement à même de migrer en altitude ? La question est posée. D'autant que le temps qui leur reste pour cela est compté.
Pour mettre en place des stratégies de conservation efficaces, il faudra donc désormais prendre en compte à la fois les aires protégées existantes et celles que pourraient proposer les modèles des chercheurs. Les régions dans lesquelles les grands signes vivent aujourd'hui et celles dans lesquelles ils pourraient être amenés à vivre demain. Ces stratégies doivent ainsi intégrer la planification de l'utilisation des terres et les mesures d'atténuation et d'adaptation au réchauffement climatique.
Quelques bonnes nouvelles sont tout de même à souligner du côté des grands singes. Chez les gorilles de Grauer, par exemple. En 2016, une estimation de leur population avait laissé craindre une baisse de leur effectif de 80 % depuis le milieu des années 1990. Même s’ils restent considérés comme en danger critique d’extinction, de nouvelles données font état de 6.800 individus encore vivants à l’état sauvage contre 3.800 en 2016.
« Il doit y avoir une responsabilité mondiale pour arrêter le déclin des grands singes. La consommation de ressources naturelles extraites des pays de l'aire de répartition des grands singes est un facteur majeur de leur déclin. Toutes les nations bénéficiant de ces ressources ont la responsabilité d'assurer un avenir meilleur aux grands singes, à leurs habitats et aux personnes qui y vivent en développant des économies plus durables », conclut Hjalmar Kuehl, auteur principal de l'étude, dans un communiqué de la Wildlife Conservation Society. En attendant, tous les grands signes d'Afrique sont classés en danger ou en danger critique sur la liste rouge de l’IUCN.
Orang-Outang Pongo pygmaeus - Orang-outan Description "L"homme de la forêt" comme le surnomme les Malaisiens, est en voie de disparition. Ce primate des jungles pluviales de Bornéo et de Sumatra est victime de la destruction de son habitat naturel. Incendies volontaires, déforestation pour alimenter le commerce des essences précieuses et l'agrandissement des espaces cultivables, abattages clandestins pour créer des plantations lucratives de palmiers à huile, et braconnage sont les raisons essentielles du déclin de l'animal. Parfois même il est abattu par les paysans à qui il vient chaparder des fruits ou des légumes. En effet, du fait que les hommes ne cessent de réduire son domaine vital, le singe est contraint à ses risques et périls, de venir chercher chez eux de quoi survivre. Actualité La contrebande d'animaux sauvages représente le 3ème trafic illicite le plus rentable après la drogue et les armes. Dans ce domaine, la bêtise et la cupidité de l'homme semblent ne pas avoir de limites. En effet, certaines boutiques de luxe et maisons de jeux de Taiwan - plaque tournante du commerce illégal d'orangs-outans - affublent les singes de vêtements, leur apprennent à fumer et les exposent dans les vitrines pour attirer le gogo. D'autres servent d'animaux de compagnie, alimentent les zoos, les cirques ou les dresseurs spécialisés qui les utilisent sur les plateaux de télévision ou de cinéma. Dans un grand magasin de Séoul, en Corée du Sud, c'est un orang-outan déguisé en Père Noël qui remettait des cadeaux aux enfants. A de rares exceptions près, le "dressage" se déroule de manière violente. Le propriétaire de l'animal emploie la force et les coups pour se faire obéir des jeunes primates. Mais en vieillissant, ces derniers deviennent irascibles et donc dangereux. Ils sont alors "réorientés" professionnellement vers les laboratoires pharmaceutiques qui, dans le meilleur des cas, testent sur eux des vaccins. Ou alors ils finissent leur existence dans des animaleries ambulantes qui les exposent derrière les barreaux de cages sordides. Ceux que les associations de protection arrivent à récupérer, sont confiés à des orphelinats et à des centres de réintroduction, où des scientifiques et des bénévoles tentent de les réhabituer à la vie sauvage. La ville de Pucket en Thaïlande, célèbre site balnéaire, a malgré elle acquit une notoriété dont elle se serait passée. Elle a été ravagée par le tsunami du 26 décembre 2004. Ce que l'on sait moins par contre, c'est que le parc animalier de l'agglomération a été l'objet d'une enquête policière pour avoir organisé à l'intention des touristes, des combats de boxe thaï d'orangs-outans ! Equipés de gants et de shorts en satin rouge, les malheureux singes étaient contraints de se battre. Les paris étaient bien évidemment à la hauteur de ces affligeants spectacles... Sur 110 pongidés juvéniles illégalement détenus par les responsables du parc, 41 sont décédés de mort suspecte. Ils ont immédiatement été incinérés afin d'empêcher les prélèvements ADN et les constats des sévices qu'ils avaient subis. En Indonésie, le sanctuaire d'orangs-outans d'Aceh a été fermé à cause des troubles politiques qui règnent dans cette province également ravagée par le tsunami, et qui opposent l'armée régulière aux rebelles indépendantistes. © James Jester, Domaine public Votre notre dossier : http://www.futura-sciences.com/comprendre/d/dossier518-1.php Commentaires : Patrick Straub
Gorille Gorilla gorilla gorilla – Gorille des plaines de l’Ouest Portrait Le pouvoir du mâle dominant est parfois remis en question par un jeune du groupe parvenu à l’âge de la reproduction, ou par un adulte chassé d’un autre clan et devenu solitaire. Lors d’une rencontre, la parade d’intimidation se décompose en une succession d’étapes immuables. Les adultes dos argentés qui s’affrontent, s’assoient et émettent des grognements d’intimidation. Puis ils se redressent, arrachent des poignées d’herbe et les jètent en l’air avant de se frapper la poitrine avec la paume (et non du poing comme on le voit dans les films) pour ne pas se blesser. Si ces manœuvres n’ont pas été suffisantes pour mettre l’adversaire en fuite, l’autre anthropoïde charge en dévastant tout sur son passage. Il s’arrête brutalement en face de son adversaire et assène sur le sol un coup violent du plat de la main. Après ces gesticulations, les deux singes se font face dans un silence oppressant. Ils sont alors sensés se séparer. Mais si l’intrus choisi de combattre pour gagner la place de dominant afin de récupérer son harem, l’affrontement peut devenir mortel. Virologie Cela commence comme un roman noir, mais l’histoire est vraie… « Au début, ils semblaient souffrir d’une simple grippe: gros mal de tête, articulations douloureuses, fièvre. Mais il est vite apparu que ces dizaines d’ouvriers des mines d’or de Durba (nord-est de la République démocratique du Congo) étaient en proie à un mal bien plus grave. On ne sait comment, à la fin de 1998, ils étaient entrés en contact avec un agent infectieux terrifiant, qui attaquait l’ensemble de leurs organes internes et les faisait saigner de manière incontrôlable. En quelques mois, plus de 60 mineurs sont morts de la mystérieuse maladie. Leurs corps flasques, couverts de taches rouges, ont continué de saigner après la mort... » La suite est sur le site suivant : http://www.unesco.org/courier/1999_09/fr/planete/txt1.htm Des chercheurs de l’IRD ont, pour la première fois, identifié des chauves-souris comme réservoir naturel potentiel du virus Ebola. Depuis 2001, plusieurs épidémies foudroyantes de fièvre hémorragique, touchant simultanément les hommes et les primates, se sont produites en République du Congo et au Gabon. Si l’on savait que le virus se transmettait des grands singes vers l’homme, on ne connaissait ni le réservoir naturel, ni le mode de transmission du virus aux grands singes. http://www.ird.fr/fr/actualites/fiches/2005/fiche231.htm La consommation de viande de gorille pour l’alimentation pure ou rituelle, est probablement le facteur risque principal de la transmission du virus Ebola à l’homme. Pour contenir la propagation du virus d’homme à homme, les dispositions préconisées supposent la prise en compte de mesures élémentaires en matière de santé publique et de développement, ainsi que la modification des comportements des communautés rurales. Mais cette dernière prévention va à l’encontre des habitudes et des croyances. La viande de chasse représente la seule ressource protéique facilement accessible. Sa quête, son partage, sa préparation et sa consommation forment une composante essentielle de l’organisation sociale des populations locales. Mais l’homme et le gorille partagent près de 150 maladies, et ce virus mortel ne doit pas faire oublier les autres zoonoses. Il convient de s’interroger sur le rôle que jouent les maladies infectieuses dans la dynamique des communautés humaines et animales en milieu tropical. Cette question fait l’objet d’un projet commun WCS/ECOFAC * mis en œuvre en 2001. * WCS (Wildlife Conservation Society) ECOFAC (Conservation et Utilisation Rationnelle des ECOsystèmes Forestiers d’Afrique Centrale Voir notre dossier : http://www.futura-sciences.com/comprendre/d/dossier518-1.php Commentaires Patrick Straub
Jeune bonobo et sa mère Pan paniscus – Bonobo Portrait L'organisation sociale du bonobo est plus complexe que celle des autres grands singes. Le système est matriarcal et plus égalitaire. Un mâle restera toute sa vie avec sa mère et ne quittera pas le groupe d'origine, alors qu'une femelle cherchera une nouvelle famille à la puberté. La croissance du jeune primate est très lente et il reste dépendant de sa mère pendant 5 ou 6 ans. Au bout de la première année, il sait à peine marcher ou grimper. Par contre, lorsqu'il est en mesure de se déplacer, il le fait volontiers en se tenant debout sur les membres inférieurs, alors que ses cousins préfèrent marcher en s'appuyant sur les doigts repliés des membres supérieurs. Il vit principalement au sol, mais grimpe dans les arbres sans difficultés. Une femelle construira chaque soir son nid dans les plus hautes branches. Très expressif, il sait prendre l'air triste ou boudeur, ou même éclatera de rire lorsqu'un congénère lui chatouille le ventre ou les aisselles. (Jane Van-Lawick Goodall - Bonobos, le bonheur d'être singe - Fayard 1999) Sauvegarde Ils sont environ 25 bonobos à tenter de reprendre goût à la vie au sein d'un sanctuaire qui leur a été consacré en République Démocratique du Congo. Une zone d'une vingtaine d'hectares qui a été baptisée "Lola Ya Bonobo", ce qui signifie : "Santé et protection des Bonobos". Là, des spécialistes se consacrent à la reconstruction psychologique et à la réadaptation à la vie sauvage des primates qui ont été saisis chez des particuliers ou des trafiquants. Très jeunes, après avoir été arrachés à leur mère que l'on a abattu pour alimenter le commerce lucratif de viande de brousse, ces singes ont été vendus comme "jouets" sur les marchés locaux. Ils ont tous vécu le stress de la captivité, les mauvais traitements, les mutilations (phalanges tranchées, dents arrachées, brûlures de cigarettes sur le corps), et la malnutrition. Fragilisés physiquement et psychologiquement, ils sont très peu nombreux à survivre à ces traumatismes. Certains sont même engraissés pour être mangés... Assistées par l'équipe qui dirige le sanctuaire, les autorités locales s'efforcent de mettre en place un programme éducatif visant surtout les jeunes générations, afin qu'elles prennent conscience de la nécessité de protéger le bonobo. www.janegoodall.fr/htfr/protection.htm#lolaya N'y aura-t-il bientôt plus que les zoos pour accueillir les derniers représentants des grands singes ? Ne seront-ils sauvés que par le clonage ou ...
[Courte citation de 8% de l'article original]