Avant de devenir une science à part entière, la météorologie a longtemps été le fait d’observations empiriques, dont tout un tas de vieux dictons témoignent aujourd’hui. Apparus au milieu du Moyen-Âge, ils se transmettaient oralement de génération en génération. "Au fur et mesure, ça a fini par faire une sorte de chronologie, mois après mois. On a assimilé au fil du temps ces dictons à des prévisions, alors qu’à l’origine, ils servaient principalement de repères aux paysans", nous explique Guillaume Woznica, météorologue de LCI.
De nos jours, ces vieux dictons relèvent davantage du folklore. "On ne fait pas la météo avec des dictions. Aujourd'hui, avec les satellites et modèles météorologiques, on a des prévisions qui sont fiables à 5-10 jours et qui peuvent donner des tendances au mois, voire de manière saisonnière", souligne Stéphane Fiévet, météorologue amateur. Pour autant, ils ne sont pas tous dépourvus de sens. Loin de là. "Les adages portant sur des prévisions à très court terme se basent sur des observations de phénomènes naturels, et un certain nombre d'entre eux sont toujours d'actualité", souligne ce passionné, dont le site "Météone" consacre une rubrique à ces dictons d'antan.
C'est le cas, par exemple, de l'adage "L’hirondelle rasant la Terre de la pluie avant-courrière". Derrière cette formule métaphorique se cache un phénomène aujourd'hui bien connu. "Les précipitations sont souvent précédées d’une chute de pression atmosphérique. L’air fortement humide rend le plumage plus lourd. De ce fait, les oiseaux volent plus bas", explique Stéphane Fiévet. Autre exemple avec le dicton "Année de guêpes, année sèche et fertile". "Les guêpes commencent à sortir au mois de mai. Et quand elles sont nombreuses, c’est suivi généralement d’un été chaud et sec. Néanmoins, avec les pesticides, c’est plus compliqué à observer", note Stéphane Fiévet.
Ces observations d’antan ont tendance cependant à perdre du sens avec le changement climatique. "L'adage ‘Noël au Balcon, Pâques au Tison’ n’a plus de sens aujourd’hui, étant donné que tous les Noël sont doux. Et ce le sera encore moins dans les décennies à venir, notamment à cause du changement climatique", relève Guillaume Woznica. L’exemple des Saints de glace, qui tombent ces jeudi, vendredi et samedi, et sur lequel se penche le reportage de TF1 en tête de cet article, est très intéressant de ce point de vue. Saint-Gervais, Saint-Pancras et Saint-Mamert font à eux trois un petit hiver, dit le dicton. "Trente ans en arrière, il était courant encore d’avoir des gelées partout en France au mois de mai. Avec le changement climatique, on se rend compte que les dernières gelées dans l’ouest ont lieu plutôt autour de la mi-avril, voire début avril dans le sud. On est très loin des Saints de Glace de ces 11, 12 et 13 mai", souligne Guillaume Woznica.
Ces dictons s’inscrivaient dans une réalité locale. Ils fonctionnent à un endroit, mais pas forcément ailleurs
Guillaume Woznica
"Ces dictons s’inscrivaient dans une réalité locale. Ils fonctionnent à un endroit, mais pas forcément ailleurs. Dans le Nord-Est, il y a encore des gelées fin mai et même début juin. Or, il y a justement un quatrième Saint de glace dans cette région, Urbain, qui tombe le 25 mai. Ce qui prouve bien malgré tout qu’il y avait une bonne observation", complète Stéphane Fiévet.
Certains adages résistent un mieux au temps. C'est le cas d'"En avril ne te découvre pas d'un fil", par exemple, qui vient de se vérifier. Idem pour "S’il pleut à Saint-Médard, il pleuvra quarante jours plus tard. À moins que Saint-Barnabé ne lui coupe l’herbe sous le pied". "La période qui va de fin mai à début juin correspond ce qu’on appelle la mousson d’été d’Europe. Elle est souvent marquée par des orages, de fortes pluies et des incursions polaires maritimes qui donnent un temps un peu plus frais. Et il est vrai que lorsqu’on a un temps perturbé autour du 8 juin, sept fois sur dix, on a un mois de juin qui reste humide sur sa globalité. Cela montre qu’il y avait une notion de probabilité dans ces dictons anciens", conclut...
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