L'échec de «l'opération militaire spéciale» de Poutine est celui du renseignement russe

Phénix - Slate FR - 01/05
[TRIBUNE] Jamais dans l'histoire de la Russie les services secrets n'ont occupé une telle place, tentaculaire, omniprésente, diffuse. Mais ce pouvoir total n'est pas sans conséquences.

En 1565, Ivan le Terrible met en place l'opritchnina, un régime de terreur visant à se débarrasser de ses adversaires, les Boyards qui refusent de se soumettre à son pouvoir absolu. Ses 6.000 opritchniki, troupe de choc lancée sur une partie du territoire de l'actuelle Moscovie, sèment la panique parmi les rangs de l'aristocratie, exécutent, pillent, volent et confisquent les terres des nobles. L'opritchnina est la première manifestation d'une police «secrète» au sein de l'État russe en formation.

Mais c'est l'Okhrana, créée en 1881 à la suite de l'assassinat du tsar Alexandre II, qui offre le modèle dont les services secrets russes peuvent se réclamer les héritiers. Poursuivant la tradition de brutalité initiée par Ivan, y mêlant duplicité et manipulation, elle infiltre les mouvements révolutionnaires par le recours aux agents provocateurs, et invente les premières opérations clandestines modernes. En 1903, l'Okhrana ira jusqu'à fabriquer de toutes pièces un faux pamphlet à visées antisémites, Les Protocoles des Sages de Sion, dans le but de relancer les pogroms en Russie.

Après la révolution russe, les services secrets, soumis à l'autorité du parti communiste et purgés des éléments tsaristes, deviennent ...
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