Ses membres exécutent brutalement des prisonniers de guerre. S'en prennent à la population civile sur leur passage. Et filment parfois leurs crimes pour alimenter la machine à propagande. La cruauté du groupe Wagner ne fait aucun doute tant ses méthodes sont similaires à celles de certaines organisations considérées comme terroristes. Alors, la milice qui combat en Ukraine et en Afrique pourrait-elle bientôt être, à son tour, classée comme telle ? C'est tout l'objectif d'une résolution de députés français, débattue le 9 mai.
Le texte déposé le 3 avril à l'Assemblée nationale vise à "inscrire le groupe militaire privé Wagner sur la liste des organisations terroristes" de l'Union européenne et de la France. Principal argument cité par les députés de la majorité dans cette proposition de résolution : les "nombreuses exactions" commises en Ukraine par le groupe paramilitaire, dont certaines pouvant être qualifiées "de crimes de guerre". "En Ukraine, Wagner prend une part active aux combats et est accusé de multiples crimes de guerre, tels que le bombardement de localités habitées, des actes de tortures et de violence sexuelle ou encore des exécutions sommaires, comme dans la tristement célèbre localité de Boutcha, au printemps 2022", rappellent ainsi les députés. Le marteau, utilisé par ces soldats pour l'exécution sommaire d'un prisonnier de guerre dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, est même devenu un logo assumé avec fierté.
Au-delà du front ukrainien, les députés citent également les multiples "actes de barbarie" de Wagner en Syrie, avec des exécutions mises en ligne sur les réseaux sociaux, ou encore les "exactions contre la population civile" au Mali, parmi lesquelles le "massacre" d'un village entier. Autre activité du groupe de Prigojine qui inquiète les députés : les "opérations d’influence et de désinformation" qui alimentent notamment "le sentiment antifrançais" dans certains pays d'Afrique.
Or, malgré cette décennie de violence sur le terrain et de déstabilisation en ligne, le groupe n'est pas considéré comme une organisation terroriste par la France. Ni par l'Union européenne. S'il a bien été sanctionné par Bruxelles dès 2021 et qu'il est sur la liste des "organisations criminelles" des États-Unis depuis janvier, à l'heure actuelle, seule l'Ukraine, la Lituanie et l'Estonie considèrent ces combattants au marteau comme des terroristes.
Une situation à laquelle veulent répondre les députés de la majorité. "Il s'agit d'envoyer un message politique, symbolique, un signal de dénonciation de Wagner et de ses activités, qui ciblent délibérément des civils pour avoir un gain politique, comme du terrorisme", a plaidé le député Benjamin Haddad, rapporteur de ce texte qui pourrait séduire les autres partis. Jusqu'au Rassemblement national.
Dans une interview accordée au Parisien ce dimanche 30 avril, Marine Le Pen a affirmé qu'elle voterait cette proposition de résolution. "Oui, je considère que le groupe Wagner se comporte comme un ennemi des intérêts de la France", a sobrement répondu celle qui s'était abstenue de voter une résolution affirmant le "soutien le plus total à Kiev".
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