C'était l'une des promesses phares de François Hollande, lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 2012. Un an après l'arrivée au pouvoir du président socialiste, le 23 avril 2013, le mariage pour tous est voté par les députés à l'Assemblée nationale. Le président du Palais-Bourbon, Claude Bartolone, ouvre les compteurs en fin d'après-midi : 331 parlementaires votent pour, 225 voix se prononcent contre le texte. Ça y est : la loi est définitivement adoptée. "Égalité ! Égalité ! Égalité !", scandent les députés en soutien du projet du gouvernement. La droite, dont l'immense majorité des troupes est hostile au mariage pour tous, quitte l'hémicycle à l'annonce des résultats.
À partir de sa promulgation, qui interviendra le 17 mai 2013, les couples homosexuels auront le droit de se marier et d'adopter des enfants en France. La loi leur donne également accès au cadre juridique relatif à la succession.
Pour la majorité socialiste, le chemin parlementaire pour parvenir à l'aboutissement du texte n'a pas été de tout repos. Ouverts le 29 janvier à l'Assemblée nationale, les débats sur le projet de loi ont été marqués jusqu'au vote final par une violence rare entre parlementaires.
Les esprits s'échauffent au début des discussions entre le président du groupe d'opposition, Christian Jacob, et la ministre de la Justice de l'époque, Christiane Taubira, scandalisée après qu'un député UMP ait fait référence au "triangle rose", un symbole utilisé par les nazis durant la Seconde guerre mondiale pour désigner les homosexuels dans les camps de la mort. "Vous êtes indignes des responsabilités que vous exercez, Madame la ministre !", lance Christian Jacob, assurant que la comparaison avait déjà été faite en premier lieu par un député socialiste.
Vous êtes en train d'assassiner des enfants !
Philippe Cochet, député UMP
Quelques semaines plus tard, le député UMP Philippe Cochet provoque aussi la colère des socialistes avec des propos virulents. "Ce que vous êtes en train de faire est une brèche qui ne se refermera pas si ce texte passe, c'est une ignominie ! [...] Vous êtes en train d'assassiner des enfants !", lance l'élu, qui finira par s'excuser. Ces deux exemples sont loin d'être des cas isolés : durant l'ensemble des discussions à l'Assemblée, certains parlementaires manquent même parfois d'en venir aux mains...
Dans le même temps, un puissant mouvement d'opposition au texte de loi se forme dans la rue. Baptisé"La Manif' pour tous", en référence au nom du projet porté par les socialistes, il réunit de 340.000 à un million de personnes lors des rassemblements, selon les différents chiffrages effectués par la police ou les organisateurs.
Le jour du vote du texte, plusieurs opposants au mariage homosexuel tentent de déployer, juste avant le scrutin, une banderole appelant à un référendum sur la question. "Sortez-moi ces excités, les ennemis de la démocratie n'ont rien à faire ici !", réagit alors Claude Bartolone, depuis le Perchoir. Frigide Barjot, une des cheffes de file de "La Manif' pour tous", assiste aussi à la séance dans les rangs du public. À la sortie de l'Assemblée nationale, des partisans à la nouvelle loi l'attendent et la bousculent. "Vous vous rendez compte du mal que vous avez fait aux homosexuels depuis six mois ?", s'agace un homme face à cette figure de la contestation anti-mariage gay.
Dans l'hémicycle, la joie domine parmi les rangs socialistes. Christiane Taubira prononce un discours empreint d'émotion, s'adressant aux enfants qui pourraient être victimes d'insultes homophobes. "Si vous êtes pris de désespérance, balayez tout cela [...] Vous n'avez rien à vous reprocher", souligne la ministre, avant de remercier les parlementaires qui ont voté en faveur de la loi. À Paris, Lyon, Toulouse ou Bordeaux, des partisans à la légalisation du mariage gay se réunissent pour fêter la nouvelle. Dans le même temps, les "anti" se rassemblent aussi, notamment à Paris, où des heurts éclatent avec les forces de l'ordre sur l'Esplanade des Invalides, à proximité de l'Assemblée nationale.