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Les mots comme de minuscules doses d’arsenic
Hermel Cyr - Le Devoir -
22/04
Pour Klemperer, le langage dépravé par une idéologie est un poison qu’on ingère inconsciemment, intoxiquant la pensée.
Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d’histoire des idées le défi de décrypter une question d’actualité à partir des thèses d’un penseur marquant.
Pour dire la complexité d’un monde en mutation, il va de soi qu’une langue vivante s’enrichit d’emprunts et de néologismes. De même est-il requis que, pour illustrer ou préciser un message, la langue use de tropes, d’hyperboles, d’euphémismes et d’autres ruses du langage. Les auteurs de talent parviennent à les manier avec une virtuosité admirable !
Mais il est des temps comme le nôtre où des emprunts et néologismes — tantôt employés à contresens, tantôt de façon approximative — se pressent dans l’espace public pour donner l’impression d’une corruption du dialogue citoyen. Ce qui étonne est la soudaineté avec laquelle ces vocables s’insinuent dans la conversation sociale, ainsi que l’acharnement militant chez certains à exiger qu’ils soient d’emblée adoptés par tous. Aussi a-t-on vu surgir dans l’espace médiatique des mots et expressions — « décolonial », « issu de la diversité » et tout un éventail de « … phobies » — souvent ignorés de versions récentes de correcteurs linguistiques tel Antidote. De même, on aura noté la promptitude avec laquelle fut admise sans rega... [Courte citation de 8% de l'article original]
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