Sécheresse : les récoltes françaises en danger ?

LCI - 21/04
[VIDÉO] - Touchée de plein fouet par le changement climatique, l'Europe pourrait à nouveau voir ses rendements agricoles chuter cette année. Si une large partie de la France est pour l'heure épargnée, rien n'est encore garanti pour les mois à venir. Dans le sud-est, la situation est d'ailleurs déjà particulièrement préoccupante.

Touchée de plein fouet par le changement climatique, l'Europe pourrait à nouveau voir ses rendements agricoles chuter cette année.
Si une large partie de la France est pour l'heure épargnée, rien n'est encore garanti pour les mois à venir.
Dans le sud-est, la situation est d'ailleurs déjà particulièrement préoccupante.

Après une année 2022 éprouvante pour l’agriculture, affectée par la sécheresse, le scénario va-t-il se répéter cette année ? C’est en tout cas ce que craignent les experts européens, d’après un rapport du service européen Copernicus sur le changement climatique (C3S) publié jeudi. Les inquiétudes se maintiennent pour les mois à venir en Europe méridionale, même en cas de pluies tardives. "Il y aura probablement une récolte réduite cette année à cause de l'hiver sec et du printemps qu'on a connus", a estimé Samantha Burgess, directrice adjointe du service.

En France, 40 départements sont déjà placés en vigilance ou en alerte sécheresse, a annoncé vendredi le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu, qui a prévenu que des communes manqueront d’eau cet été. Mais à l’heure actuelle, les inquiétudes des agronomes se concentrent davantage sur certaines régions que d’autres. "Au niveau du pourtour méditerranéen, la situation est préoccupante, mais beaucoup moins pour les cultures du nord, où l’année commence de façon plutôt classique", explique à TF1info Serge Zaka, docteur en agrométéorologie. 

Le pourtour méditerranéen au cœur des inquiétudes

De manière générale, la situation dans l’ensemble du territoire est plus favorable que l’an dernier : "En moyenne sur la France, les sols sont dans une situation légèrement plus humide que la normale", selon Météo-France. Sur la moitié nord du pays en particulier, le retour des pluies en mars et avril après une sécheresse préoccupante cet hiver a permis de recharger les sols agricoles en surface. "Cela devrait suffire pour que les grandes cultures de blé, de colza ou d’orge puissent arriver au moins au grain", relève Serge Zaka. Mais rien n'est encore garanti. "Tout dépendra ensuite des pluies à venir, la question reste en suspens", souligne l'agronome. Sans oublier la situation préoccupante des nappes phréatiques : en fin d'hiver, elle était "plus déficitaire que l'année dernière", selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). 

Mais c'est surtout le pourtour méditerranéen qui suscite les craintes des experts, lui qui subit de plein fouet une sécheresse "exceptionnelle" selon Météo-France, "comparable à une situation normale de fin juin", qui a donné lieu ces derniers jours à de violents incendies dans les Pyrénées-Orientales. "On ne peut pas encore se prononcer pour les mois à venir, mais l’on s’attend tout de même à des rendements largement en baisse, surtout dans le Languedoc-Roussillon, au vu des prévisions de pluie pour les prochaines semaines", souligne le chercheur. 

Et l'exemple donné par les pays voisins n'augure rien de bon, comme le montre la carte ci-dessus : en Espagne et au Maghreb, l’on observe d’ores et déjà des diminutions drastiques de rendements et même parfois des pertes totales, à cause du déficit d’eau. Un constat "dramatique" qui pourrait prochainement s’appliquer aussi au sud de l’Hexagone, selon le spécialiste. "On retient notre souffle, parce que l’on n’est pas du tout sur la bonne tendance. S’il ne pleut pas à nouveau, on pourrait avoir dans deux mois le même scénario qu’en Espagne", où 3,5 millions d'hectares sont déjà "définitivement perdus", avance-t-il. 

Iñaki Garcia de Cortazar, directeur de l’unité AGROCLIM à l'Inrae, se montre quant à lui plus réservé sur la question. "La pluviométrie reste très localisée, et le contraste peut être saillant entre les territoires, même si le déficit en eau reste global", explique le spécialiste. Mais il se dit tout de même "inquiet", en particulier pour les cultures du sud gourmandes en eau, comme le maraîchage. Les récoltes de courgettes, tomates, poivrons, aubergines ou encore de melon pourraient ainsi être menacées cette année dans le sud-est. Serge Zaka soulève aussi de son côté la question des fourrages, destinés à nourrir les élevages, surtout ovin et caprin dans cette zone, et qui sont déjà déficitaires. Certains végétaux, comme les vignes et les arbres, doivent auss...
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