Sur l’esplanade de Brussels Expo, une centaine de Harley-Davidson rutilantes captent les rayons du soleil couchant. Les motards ont rangé scrupuleusement leur machine avant entretien avec la femme de leur idole : Laeticia Hallyday qui se prête de bonne grâce aux questions, aux selfies. En souvenir de son mari, Johnny. L’exposition qui lui est consacrée à Bruxelles Expo a déjà accueilli des milliers de personnes. On y croise des fans de toujours, mais aussi des jeunes, de gens de tout âge, de tous milieux, venus découvrir qui était vraiment cette icône qui a tenu le haut du pavé pendant soixante ans. L’exposition, remarquablement montée par la société belge Tempora, offre une plongée au cœur du mythe et de l’âme de Johnny. Elle restera à Bruxelles jusqu’en juin avant de faire le tour de France. Je retrouve Laeticia Hallyday dans sa loge. Anouchka, sa maquilleuse belge, rectifie son teint impeccable. D’un coup de pinceau, Anouchka donne à toutes les femmes dont elle prend soin l’éclat de leur âme. “Mon mari”… Pendant l’heure de l’entretien qu’elle m’accorde, Laeticia Hallyday répétera ces mots des dizaines fois, tant le lien qu’elle a établi au cours de leurs 25 ans de vie commune a été fort, beau, puissant. Au fil de la conversation, je découvre deux fragilités : celle que Laeticia accepte de montrer, l’anorexie qui l’a fait plonger dans les abîmes. Et celles de Johnny, en proie à ses démons, l’alcool, la drogue, etc. Et surtout, ce manque d’amour cruel qui l’a poursuivi toute sa vie, lui qui a été abandonné par ses parents. C’est peut-être parce que ces deux êtres étaient au bord du gouffre qu’ils se sont si vite connectés, à Miami, une nuit au cours de laquelle ils ont partagé leurs doutes, leurs chagrins, leurs espoirs.
Johnny n’est plus là. Laeticia, fragile, agile, a fait sienne cette phrase de Marc Aurèle : “La douceur est invincible.” Elle contredit ainsi ceux qui la jugent et qui ne voient en elle qu’une héritière avide. Elle vit son deuil avec douleur, mais aussi cette promesse qu’elle a faite à Johnny, celle de garder son image intacte : un artiste hors norme, une bête de scène, un homme blessé, un papa poule.
Dans quelle famille avez-vous grandi ?
Je suis née dans le sud de la France, dans une famille modeste. Mon père était entrepreneur, patron de discothèque. J’ai grandi à Marseillan, un petit village de pêcheurs, juste à côté de Sète, une région très riche, culturellement. L’étang de Thau est le berceau de ma vie, l’ancrage de mon histoire. Aujourd’hui encore, ce petit village a conservé son âme, il y a toujours des producteurs locaux, une vraie gastronomie locale. Je suis très sensible à la transmission de ces traditions.
Vous avez été élevée par votre arrière-grand-mère…
Nous étions tous rassemblés dans la maison de mon arrière-grand-mère. Elle était bourrelière. Ce métier qui n’existe plus consistait à remplir les matelas de laine de mouton. Son atelier était situé au garage. J’ai grandi dans cette ambiance familiale de gens habités par leur passion.
Quelle enfant étiez-vous ?
Plutôt vieille âme, un peu trop casanière et déjà un peu décalée. Je n’avais pas vraiment de vie sociale avec des jeunes de mon âge. J’étais très attachée à mes grands-mères et j’aimais par exemple passer du temps avec elles en cuisine.
À 13 ans, vous avez choisi de quitter la France…
Mes parents se sont séparés et le divorce a été compliqué. Mon père avait rencontré une autre femme et avait décidé d’aller vivre avec elle en Floride. Ils se sont aussi séparés et mon père a connu une très grave dépression. Je suis partie en vacances chez lui et finalement, je ne suis pas rentrée en France, j’ai choisi de m’occuper de mon papa.
Et votre scolarité ?
Je ne l’ai pas suivie très longtemps. J’étais vraiment concentrée sur mon papa. Je voulais le sauver. Mais, en même temps, je me suis beaucoup abîmée, j’ai sombré dans une grave anorexie. Quand on essaie de sauver quelqu’un qu’on aime du naufrage, on met toute son énergie et on s’oublie un peu. Mon père s’est reconstruit, a retrouvé le goût de la vie. Mais moi, ...
[Courte citation de 8% de l'article original]