Il est de retour. Quinze ans après La Route, épopée post-apocalyptique devenue un classique instantané, Cormac McCarthy, 89 ans et demi, nous présente son nouveau roman, Le Passager. Mais il serait triste de réduire l'actualité littéraire à cette unique sortie, certes passionnante, puisque de romans en ouvrages poétiques, ce début de printemps est une nouvelle fois plein de richesses.
On comprend qu'il ait fallu une quinzaine d'années à Cormac McCarthy, que l'on imaginait volontiers en train de couler une paisible retraite, pour nous présenter son dernier-né: Le Passager est de loin le roman le plus massif de l'auteur américain –et ce n'est qu'un début, puisqu'il s'agit de la première partie d'un diptyque qui se poursuivra en mai avec Stella Maris, annoncé comme une sorte de prequel.
Dans ces 544 pages d'une densité absolue, la noirceur est de mise, ce qui n'a rien d'une surprise, mais l'humour est présent aussi –ce n'est pas la première fois, même si ça faisait longtemps. Le roman s'ouvre sur la description du corps givré d'une jeune femme, retrouvée pendue à un arbre le soir de Noël. Par la suite, c'est son frère que l'on suivra: un certain Bobby Western, aux pérégrinations existentielles et parfois mystérieuses.
Le grand drame de Bobby, c'est qu'il était amoureux de cette sœur passionnée de mathématiques. Mais c'était sa sœur. Et elle n'est plus là. Notre héros traîne ce fardeau partout où il va, y compris lorsqu'il mène une enquête autour d'un jet privé échoué en mer, dont un passager manque curieusement à l'appel. On ne se débarrasse jamais de ses fantômes.
De longues conversations, des considérations sur le monde de demain –ou plutôt celui d'aujourd'hui, car Le Passager se déroule dans les eighties– et des sciences: tel est le menu ô combien incomplet de ce roman ironique et mordant, qui pose beaucoup de questions mais ne s'évert...
[Courte citation de 8% de l'article original]