Sous la pluie, Yeoville paraît plus triste que jamais. Ce quartier de Johannesburg, riche d’une histoire multiculturelle, de rencontres entre Noirs et Blancs durant les années d’apartheid et de luttes communes, s’est paupérisé à l’extrême. De nombreux migrants venus du Zimbabwe, du Nigeria et même de la République démocratique du Congo (RDC) s’y sont installés.
Il n’est pas rare d’entendre parler français dans les bars où s’entrechoquent les bouteilles de bière. Tous les comptoirs sont protégés par des grilles qui séparent le serveur et le client. Dans les rues adjacentes, des gamins jouent dans les flaques d’eau, comme tous les enfants de la planète. Le « Yeoville Market » grouille toujours de monde, au moins jusqu’au coucher du soleil. La nuit chasse les passants, qui se hâtent de rentrer chez eux.
Les femmes surtout pressent le pas. Certaines regagnent le Frida Hartley Shelter, un foyer créé en 1992 par une riche Britannique. À l’origine, il s’agissait d’héberger des jeunes filles non mariées et enceintes. Aujourd’hui, c’est un havre de paix pour celles qui ont été chassées de chez elles par la pauvreté et la violence. Avec un slogan : « Nous ne nous contentons pas de donner aux femmes un refuge sûr, nous leur donnons un avenir. »
Entre avril et juin 2022, 9 516 cas de viol ont été enregistrés en Afrique du Sud, et 855 femmes ont été assassinées.
De l’extérieur, le petit immeuble, sis sur Regent Street, ne paie pas de mine. Une façade blanche qui commence à virer au gris, une solide grille et un bouton pour actionner la sonnette. Sobre. Une fois entré, l’intérieur est plus accueillant. Surtout, la bâtisse possède, en arrière-cour, un jardin, îlot de verdure où jouent des enfants.
Lindokuhle, âgée de 29 ans, originaire d’Eswatini (ex-Swaziland) mais née en Afrique du Sud, vit dans le foyer depuis deux mois. Cheveux courts, le re...
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