Il triomphe actuellement aux Bouffes Parisiens dans un seul en scène où il rend hommage aux textes de ses auteurs préférés. Monstre sacré du cinéma français, André Dussollier, 77 ans, change encore de registre avec En Plein Feu, le nouveau film du jeune réalisateur Quentin Reynaud (Cinquième Set), en salles le 8 mars. Avec Alex Lutz, ils incarnent un père et son fils, prisonniers de leur voiture lors d’un incendie qui ravage les Landes. L’occasion de se parler enfin, à cœur ouvert, après des années de silence et de secrets. Et pour TF1 de recueillir les confidences d’un acteur toujours aussi motivé par son métier…
Comment vous êtes-vous retrouvé dans l’aventure inédite que représente pour vous En plein feu ?
C’est le réalisateur Quentin Reynaud qui m’a appelé. Pourquoi ? Il n’y a que lui qui puisse répondre. Mais j’étais content qu’il pense moi pour incarner le père d’Alex Lutz dans cette histoire-là. On m’associe souvent aux "choses de l’esprit" et j’ai rarement l’occasion d’être dans des films qui sont bien concrets. Dans la réalité. Or là, on ne pouvait pas trouver mieux – ou pire – que ce feu de forêt qui nous cerne… Et qui ouvre sur un "deuxième fond", une histoire secrète dont le père et le fils connaissent les tenants et les aboutissants. Parce que c’est souvent à la faveur du drame, de la tragédie, que les choses profondes se révèlent. Ce qui me plaît aussi, c’est quand le cinéma est ancré dans l’actualité. Là, on était presque en avance sur la réalité puisqu’une partie du décor du film a été détruit dans les incendies qui ont ravagé le Sud-Ouest l’été dernier…
J'aime bien les silences parce que c’est là qu’on faire ressentir des choses aux spectateurs moins explicites à travers nos gestes, notre regard
André Dussollier
C’est la première fois que vous tournez avec Alex Lutz, qui est l’acteur fétiche de Quentin Reynaud…
Et j’étais content de le découvrir ! Il est un peu comme l’idée que je m’en faisais. C’est quelqu’un qui excelle dans l’improvisation à tel point qu’on aurait pu tourner un deuxième film à partir des moments où nous attendions tous les deux dans la voiture, entre les prises. Avec lui, ça part sur un mot, sur une expression française, et soudain ça s’embrase – sans faire de mauvais jeu de mots, justement. Je crois que si on avait mis une GoPro sur le tableau de bord, on aurait pu filmer quelque chose qui n’aurait eu rien à voir avec En plein feu. Hors contexte mais totalement réjouissant !
Comme lui vous partagez une passion sur la scène. Et paradoxalement, dans En plein feu, vous jouez des hommes de peu de mots. Des taiseux. Est-ce que c’est plus dur ?
Eh bien non. Je me rappelle que lorsque je tournais un film d’Eric Rohmer qui s’appelle Le Beau Mariage, j’avais beaucoup, beaucoup de textes. Mais ce que je préférais, c’était les moments de silence. J’ai aussi envie de vous citer une réplique que j’adore de Lucien Guitry. Un soir, à la sortie d’une pièce de théâtre, un admirateur vient le voir pour lui dire "vous êtes formidable quand vous dites ci et quand vous dites cela. Et puis alors vos silences…". Lucien Guitry le coupe et lâche : "Je sais, ce sont les miens". Les silences, c’est le terrain de jeu d’un acteur. Je pense au cinéma américain où c’est moins bavard. Chez nous, on fait souvent dire beaucoup de choses aux acteurs à cause de notre patrimoine culturel. Du théâtre justemen...
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