« Je suis alcoolique. Je suis toxicomane. Je suis gay. Je suis un génie », a dit un jour Truman Capote. Il a dit cela à un moment où affirmer une identité dissidente était source de stigmatisation. Dans ces années-là, il n'y avait pas une gamme de catégories pour nous nommer. C'était encore cette partie du XXe siècle où il y avait une norme spécifique, à laquelle il fallait se conformer.
La phrase de Capote rappelle le développement d'un de mes livres préférés : Saint Genet, de Jean-Paul Sartre, dans lequel l'écrivain existentialiste place comment le jeune Jean Genet choisit d'être ce que les autres rejettent ; il ne se laissera pas mépriser, mais incarnera avec hauteur la figure du mépris. Ce sera un voleur, un homosexuel aussi, et, bien sûr, un écrivain, un grand, comme Capote.
Cependant, dans le passage au XXIe siècle, l'appropriation de l'identité a changé de cap – par exemple, aujourd'hui toute forme virtuelle nous permet d'afficher un onglet d'éléments à partir desquels définir notre identité sexuelle. Il n'existe plus aujourd'hui de catalogue comme Psychopathia sexualis de Richard Krafft-Ebing, qui classait au XIXe siècle les différentes perversions. Aujourd'hui, nous parlons de "modes de vie" et nous nous soucions que personne ne se sente offensé.
Si une personne se perçoit comme un "chien dalmatien", personne n'ose dire que c'est quelque chose de pathologique. On dit "OK" et on espère que d'autres le reconnaîtront comme un chien dalmatien. C'est le nouveau terrorisme identitaire, à l'heure où les luttes identitaires ne sont plus pour subvertir la norme, mais pour créer une nouvelle norme.
Il y a deux manières de penser l'identité. L'un est basé sur ce que je suis (je pense) et sur l'attente de sa confirmation rapide. Il faut donc voir d'avance dans chacun de mes actes qu'il est conforme à mon « être ». C'est psychologiquement défensif et socialement réactionnaire – même si mon identité peut sembler progressiste.
Il ne l'est pas, car ici l'altérité n'a pas une certaine place dans mes interactions, l'autre n'a qu'à vérifier que (je) suis qui je suis. Ce type d'identité est statique et attend d'être reconnu sans rien apporter dans un lien, c'est-à-dire que je suis toujours moi et que je ne suis j...
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