Jean-Baptiste Moreau : « Notre agriculture est en danger de mort »

Géraldine Woessner - LePoint - 25/02
ENTRETIEN. Il avait quitté son élevage pour suivre Emmanuel Macron. Cinq ans plus tard, l’ancien député de la Creuse et agriculteur tire un bilan sévère du quinquennat.

Il s'en défend, bien sûr, mais lorsqu'il arrive en boitillant au Point – une cheville s'est tordue dans le trou d'un trottoir, « cadeau d'Anne Hidalgo », plaisante-t-il –, on remarque l'air abattu. À la veille de l'ouverture du Salon de l'agriculture, Jean-Baptiste Moreau a lâché son élevage dans la Creuse pour accompagner le président, une fois de plus, à l'inauguration. Mais on sent que cette année, le cœur n'y est pas vraiment. Battu aux législatives en juin, l'ex-député-éleveur, élu dans la foulée de la victoire d'Emmanuel Macron, a perdu son écharpe… Et beaucoup d'illusions. « Il nous reste deux ou trois ans. Améliorer notre agriculture, c'est un beau slogan, mais ça ne sert à rien si elle est déjà morte », souffle-t-il, la mine sombre. Il y a cru, pourtant.

En 2017, il rencontre le futur président au salon au détour d'une allée, sur un stand de professionnels du bétail. Coup de foudre. Le leader d'En marche ! promet à l'époque d'arrêter la surtransposition de normes environnementales, et convainc l'éleveur de porter ses couleurs aux législatives – c'est l'époque bénie du parti « populaire », « ouvert aux meilleurs représentants de la société civile ». L'ingénieur de travaux agricoles, jamais encarté, jamais syndiqué, fourmillant d'idées pour restructurer les filières agricoles et rendre sa « dignité » à une profession sinistrée, se jette en politique comme un rugbyman dans la mêlée. Il y aura bien quelques victoires, reconnaît-il – comme les lois Egalim, conçues pour rééquilibrer le rapport de force entre producteurs et distributeurs. Mais aussi beaucoup d'échecs. Et alors que...
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