En revenant dans la rue Yablonska aujourd'hui, on ne peut oublier ce que l'on y avait découvert aux premiers jours d'avril 2022, juste après le départ des Russes. Des corps de civils abattus gisaient à même la chaussée, d’autres dans les jardins, tandis que des victimes de tortures étaient retrouvées au fond d’une cave.
Au fur et à mesure de leur prise de contrôle de ces territoires de la région de Kiev, finalement abandonnés par l'armée russe pour un redéploiement au sud et à l'est du pays, les forces ukrainiennes découvraient les atrocités commises par l'occupant pendant son siège de deux mois de la capitale. Envoyé spécial de TF1, Michel Scott revient dans la ville martyre de Boutcha, où l'on comprend mieux ce qui est arrivé à toutes ces victimes, civiles dans leur très grande majorité.
Des drones, ainsi que les caméras de surveillance de la ville, ont filmé des actes perpétrés par ces troupes d’invasion russe, comme on le voit dans le reportage en tête de cet article. Par une minutieuse collecte de toutes ces images, les Ukrainiens ont pu reconstituer les scénarios des tueries de Boutcha, parfois minute par minute. Un documentaire du New York Times les a recensées et retracées, recréant le fil des événements depuis l'entrée des Russes dans cette banlieue tranquille du nord de Kiev.
En ces premiers jours de guerre, à partir du 24 février 2022, les chars russes étaient chargés d'ouvrir la voie en direction de la capitale. Ils tirent sur tout ce qui bouge : des voitures civiles inoffensives, un jeune homme sorti chercher de la nourriture... Ou encore une dame à vélo, qui au détour d'une rue se retrouvera face à un tank, qui l'abattra d'un coup de canon.
C'est là qu'ils ont vécu les derniers instants de leur vie
Natalia
Et puis il y a les rafles et les exécutions sommaires. Le frère de Natalia a été fusillé avec sept autres victimes. "C'est là qu'ils ont vécu les derniers instants de leur vie", nous montre-t-elle, près d'une plaque commémorative, "ils étaient étendus à cet endroit". Leurs corps suppliciés, et pour certains entravés par des liens, présentaient des traces de coups portés avant la mort. Ces huit hommes faisaient partie de la défense territoriale ukrainienne. Faits prisonniers, ils ont été emmenés en file indienne vers le lieu de leur exécution, comme le montrent les images de vidéosurveillance. Tout cela sous les invectives des soldats russes qui les tiennent en joue.
La justice ukrainienne a retrouvé assez d'éléments pour remonter jusqu'aux responsables russes de ces atrocités. Elle a identifié les blindés impliqués, qui portaient le nom de leur régiment, les noms des soldats qui avaient utilisé ensuite les téléphones portables de leurs victimes. Et même les donneurs d'ordre, comme un officier omniprésent sur les images de vidéosurveillance, près des sites des tueries.
En pleine guerre, aucune chance d'appréhender des militaires de l'armée ennemie, même si les premières mises en accusations concernant les massacres de Boutcha pourraient être publiées d'ici à deux mois, soit environ un an après leur découverte.
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