Voilà presque un an que la Russie a envahi l’Ukraine. Depuis le 24 février 2022, les combats font rage, des villes tombent, d'autres résistent au prix de batailles meurtrières. Les pertes militaires et civiles y sont nombreuses. En un an, plusieurs bilans ont été fournis, aussi bien par les parties belligérantes que par d’autres sources parallèles.
Côté russe, plus de 139.000 soldats seraient morts entre le 24 février 2022 et le 15 février 2023, d’après l’État-major de l'armée ukrainienne, qui communique régulièrement sur les pertes chez l’ennemi, et peu sur les siennes. Début décembre, l’État-major a toutefois évoqué la mort de 10.000 à 13.000 soldats ukrainiens dans le conflit, mettant en avant leur transparence sur la question. D'après Kiev, le mois de février serait même le plus meurtrier pour les Russes, avec 800 morts en moyenne chaque jour.
Le Kremlin, lui, reconnait péniblement des morts dans des bombardements ciblés. "Au début de la guerre, les chiffres n’étaient pas du tout communiqués côté russe, ou alors très peu. Ils n’ont pas livré de bilan total depuis et ils se garderaient bien de le faire puisque les estimations seraient de l’ordre de 150.000 morts", souligne Carole Grimaud, spécialiste en géopolitique russe à l'Observatoire géostratégique de Genève. En septembre dernier, le ministre de la Défense russe a fini par admettre près de 6000 soldats tués en Ukraine, une estimation jugée faible par les observateurs occidentaux du conflit.
En novembre, de nouvelles estimations américaines ont été fournies, comme c’est régulièrement le cas depuis le début de la guerre. En neuf mois, jusqu’à 100.000 soldats russes et 100.000 soldats ukrainiens seraient morts ou blessés au combat, d’après le Pentagone. Une source souvent reprise, mais qui ne peut être considérée comme neutre, au même titre que les Nations Unies par exemple. "Les Américains reçoivent des informations privilégiées du côté ukrainien, notamment dans le renseignement. On se fie à eux, car ce sont eux qui ont le plus d’informations non divulguées, avec les Ukrainiens, sur le conflit", commente Carole Grimaud. Récemment, la Norvège s’est essayée à dévoiler son propre bilan, estimant plutôt les pertes russes à 180.000 morts ou blessés. Contacté, le ministère des Armées norvégien nuance finalement ces chiffres, "fondés sur des estimations et des hypothèses" étant "incertaines" et devant "être prises avec réserve".
Dans cette guerre, intervient aussi un débat sémantique. Ainsi, certains bilans rapportent les soldats tués et blessés au front, tandis que d’autres mentionnent seulement ceux qui ont péri au champ de bataille. Un point qui peut porter à confusion… et créer l’erreur. En annonçant en décembre 100.000 morts dans l’armée ukrainienne, Ursula von der Leyen voulait inclure en réalité les blessés dans son décompte, comme le détaille Checknews. Une erreur depuis reconnue par la Commission européenne. Mais l'ampleur des pertes dans une guerre est avant tout un enjeu stratégique. "C’est un secret jalousement gardé par les deux camps dans la guerre de propagande", confie l'ONG Amnesty International, qui se garde bien de donner des estimations, n’ayant d'ailleurs pas d’équipe dédiée à cela.
Les ressources humaines sont une donnée précieuse en temps de guerre, voire la plus précieuse
Guillaume Lasconjarias, historien militaire
Guillaume Lasconjarias, historien militaire et professeur associé à l’université Paris-Sorbonne, y voit aussi des informations "de nature politique". "Vous êtes obligés de survaloriser les pertes infligées à l’adversaire et de sous-estimer celles que l’ennemi vous inflige." Où peut se situer la réalité là-ded...
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