Réforme des retraites. Rouen, une ville moyenne, grande de colère

Humanite - 11/02
L’ampleur des manifestations dans la préfecture normande, et du mouvement qui gagne les villes petites et moyennes, traduit le rejet massif de la réforme des retraites. Cette colère, symptôme d’un profond malaise dans le pays, va crescendo. Et porte en elle de quoi ébranler la Macronie et ses alliés.

Les trois ponts, sinon rien. Le 31 janvier, les Rouennais ont réussi leur pari en remplissant simultanément trois des édifices surplombant la Seine. Si, avec 23 000 manifestants, cette mobilisation est historique dans la cité du Gros-Horloge, elle sonne l’heure d’une révolte encore plus large. Planté à côté d’un monument aux morts, Léo, 28 ans, psychologue scolaire, l’espère très fort : « On n’a pas envie de crever au boulot. Comme Macron nous a bien fait comprendre qu’il ne comptait pas bouger, il va falloir lui rappeler que c’est dans la rue que se passe la démocratie. » Quand sa compagne Héléna, institutrice, raconte que certains de ses collègues ne peuvent pas se mettre en grève pour des raisons économiques, le jeune homme soupire profondément : « Je suis contractuel, on est tous à 1 600 euros par mois ici. Ça me saoule d’entendre ça. Il y a bien des AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap) payés 800 euros qui se bougent. » Employé dans un garage moto, leur ami Simon, lui, n’a pas vraiment laissé le choix à son boss : « Même s’il n’était pas chaud, il m’a dit que c’était mon droit ! La première journée d’action, je n’avais pas osé lui demander. J’avais posé un jour de congé pour venir. »

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Le peuple maintient la pression contre la réforme des retraites

« Le 19 janvier, les cadres étaient hypernombreux »

Depuis le début du mouvement, de nombreuses familles, des primo-manifestants, des citoyens lambda et des retraités en goguette se déplacent en masse dans les rues de la préfecture de Seine-Maritime. Dans les locaux flambant neufs de l’union locale (UL) CGT, le secrétaire général Handy Barré surfe sur la vague : « Le 19 janvier, on a senti qu’il se passait un truc, les cadres étaient hypernombreux. Dans ma société, Legrand (entreprise de système électrique), c’était du jamais-vu. Des bouchers nous ont même appelés en nous demandant comment faire grève. » Dans la ville, où trône une magnifique cathédrale gothique, pas un jour ne passe sans que les militants n’occupent le terrain. Avec une obsession en tête : lutter sans s’épuiser pour tenir la durée. Le secrétaire de l’UL prend justement son utilitaire rouge pour se rendre, ce 24 janvier, à un rassemblement de soutien à deux délégués CGT menacés de licenciement à l’usine Sanofi du Trait, à 30 kilomètres de Rouen. La solidarité interprofessionnelle joue à plein, avec des dizaines de chasubles rouges des raffineurs de Gonfreville-l’Orcher, des d...
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