François Ruffin : « Réformer les retraites, c’est d’une banalité affligeante »

Jérôme Cordelier, Sébastien Schneegans - LePoint - 04/02
ENTRETIEN. Contre la réforme des retraites, le député LFI de la Somme joue la rue plutôt que la débat parlementaire. Et lorgne déjà un peu 2027.

On pense ce que l'on veut de François Ruffin, mais au moins a-t-il le mérite d'être un politique créatif. Qui multiplie les coups pour raccorder le peuple à la chose publique, comme lorsque, récemment, il organisait sur la réforme des retraites des « miniréférendums » dans des supermarchés de sa Picardie natale ou invitait le duo comique Shirley et Dino à participer à un karaoké. Quand ses collègues de La France insoumise mettent au point une montagne d'amendements pour faire obstruction au texte gouvernemental à l'Assemblée nationale, lui préfère la rue à la guérilla parlementaire, comme il le dit sans ambages dans cet entretien. « Ce n'est pas par la technique parlementaire que l'on sortira de l'impasse démocratique dans laquelle le président de la République nous conduit », assure-t-il.

Mais le (très) provocateur fondateur de Fakir, « journal fâché avec tout le monde ou presque », aujourd'hui député et l'un des porte-voix de LFI, travaille à fond ses dossiers, et pèse ses mots. Celui qui était iconoclaste et tout feu tout flamme se construit une silhouette présidentiable. Pour prendre le leadership de la gauche radicale, à la suite de Jean-Luc Mélenchon, ambition qu'on lui prête de plus en plus. Au vu de l'entretien qu'il nous a accordé, on peut dire que François Ruffin fait plusieurs pas dans cette direction.

Le Point : Comme vos collègues de LFI, vous fignolez vos amendements pour la discussion parlementaire sur la réforme des retraites. Combien allez-vous en déposer ? Sur quels points particuliers ?

François Ruffin : Même si je suis parlementaire, l'Assemblée est un terrain secondaire dans cette bataille. Le prioritaire, c'est le pays. Tous les syndicats unis disent non à cette réforme, sept Français sur dix disent non, neuf salariés sur dix disent non, deux manifestations, à quinze jours d'intervalle, ont rassemblé 1, 2, 3 millions de personnes ! À Friville-Escarbotin dans la Somme, ils étaient 1 000 manifestants ! Et on a vu les premiers cortèges depuis vingt ans à Doullens, à Péronne, à Albert ! C'est une lame de fond qui traverse notre pays.

Ce qui se joue à l'Assemblée, c'est un jeu, justement, ça n'est qu'une couche superficielle. En profondeur, c'est la crise Covid qui a rebattu les cartes. Pendant la pandémie, Emmanuel Macron, « le président des riches », a semblé s'intéresser au sort des travailleurs, des soignants, des caissières, des manutentionnaires, de celles et de ceux qui font tourner nos usines, remplissent les rayons des supermarchés, de celles et de ceux qui « tiennent le pays debout », comme il disait, à qui il promettait « reconnaissance » et « rémunération ». Mais à la sortie, quoi ? Rien, aucune reconnaissance !

Pire, avec la guerre en Ukraine, l'inflatio...
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