[Courte citation de 8% de l'article original]
On connaissait le concept d’appropriation culturelle. Cette pratique des classes dominantes qui consiste à dépouiller des cultures minoritaires ou dominées d’éléments de mode ou de rituels. « C’est lorsqu’un emprunt entre les cultures s’inscrit dans un contexte de domination », résumait le sociologue Éric Fassin. Aujourd’hui avec le « Poverty Cosplay », comme les États-Uniens le nomment, on assiste à une forme d’appropriation de classe, ou quand les riches croient s’habiller en pauvres et en ouvriers. Une tendance qui se monnaye à prix d’or.
L’origine du phénomène est floue. Certains évoquent Kim Kardashian, l’influenceuse millionnaire, lorsqu’elle s’est mise en scène sur Instagram dans une chambre de motel miteux. D’autres encore pointent l’acteur Timothée Chalamet, qui pose en train de manger un plat de nouilles chinoises instantanées sur un coin de table. Mais ce sont surtout des marques de luxe, comme Golden Goose ou Balenciaga, qui ont soulevé, à juste titre, l’indignation. Golden Goose a, par exemple, mis en vente 570 dollars une gamme de baskets en toile, neuves mais à l’aspect franchement usé et rapiécées au sparadrap, ou des jeans recouverts de fausse boue pour la modique somme de 475 dollars. La palme de l’indécence revient à la gamme Balenciaga Paris. Elle a osé créer des chaussures largement inspirées des Converse en toile bien connues, mais déchiquetées, et vendues jusque 1 500 euros pour les « full destroyed », à savoir complètement détruites ! La marque avait déjà fait fort en vendant plusieurs centaines d’euros des grands cabas, copies des grands sacs bleus Ikéa. Quel que soit le point de départ, certains riches se sont mis à « romanticiser » des signes extérieurs de pauvreté.