Cette première journée sociale contre le projet de report de l’âge de départ à la retraite a mobilisé plus d’un million de personnes dans les rues, selon le ministère de l'Intérieur, et jusqu’à deux millions, selon la CGT. De Toulouse à Paris, en passant par Marseille, les grévistes ont battu le pavé en brandissant pancartes et slogans chocs contre la réforme du gouvernement. Nous avons vérifié les affirmations les plus présentes sur les banderoles.
Le montant moyen des retraites touchées en France est écrit au feutre, insistant sur la disparité de revenus entre les femmes et les hommes. "Retraite en moyenne : Femme 1154 euros. Homme 1930 euros", relevait ainsi une pancarte à Clermont-Ferrand. Des chiffres authentiques et attribués à la Drees, la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, rattachée à Bercy. Dans son dernier rapport sur l’état des finances autour des retraites, la Drees indique qu’en 2020, les Français ont touché en moyenne une retraite de 1509 euros bruts, soit 1400 euros nets et de bien préciser que la pension moyenne s'élève effectivement "à 1154 euros par mois pour les femmes, et à 1931 euros pour les hommes".
Autre slogan repéré par le magazine Notre Temps et mettant en évidence la situation des femmes retraitées, moins avantageuse que celle des hommes. Le message affirme que ces dernières "touchent toujours 40% de moins que les hommes". Ce qui est bien le cas aujourd’hui, toujours selon la Drees. Cet écart de revenu tombe à 28% après le versement des pensions de réversion, touchées par les veufs et veuves d'un assuré décédé et qui "bénéficient en majorité" aux femmes. Les choses s’améliorent toutefois, avec un écart qui "s’établissait à 50 %" en 2004 et qui tend donc à se réduire au fil des ans.
Cet argument est revenu en force dans les cortèges, tout comme dans le débat ces dernières semaines. Celui de l’espérance de vie et des inégalités sociales face à la retraite. À Toulouse, on a argué qu’à 64 ans, nouvel âge de départ à la retraite souhaité par le gouvernement, "un tiers des plus pauvres (étaient) morts". Même constat, mais autre chiffre relevé à Strasbourg, où il s'agit cette fois de "29% des hommes les plus pauvres".
Aucune de ces deux estimations n’est correcte. En fait, 25% des Français les plus pauvres, qui représentent pour leur part 5% de la population, décèdent avant 62 ans, d’après une étude de l’Insee de 2018 largement reprise par les politiques et les médias. Et par nous même, lorsque Anne Hidalgo avait fait référence à ce chiffre pendant l’élection présidentielle.
Si le constat n’est pas faux, il doit être nuancé, estiment les chercheurs Ulysse Lojkine et Michael Zemmour. "Le chiffre dit littéralement que si ‘une personne passe chaque année de sa vie parmi les 5% les plus modestes de sa classe d’âge, sa mortalité à chaque âge est beaucoup plus élevée que la moyenne, et son risque de décès avant 62 ans est de 25%’", avancent-ils dans un billet de blog d'Alternatives Économiques. Or, il parait difficile de connaitre le nombre exact de personnes passant toute leur vie dans cette tranche des 5% les plus modestes. Il faut ajouter à cela que "ceux qui meurent avant 62 ans sont déjà, pour la moitié d’ent...
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