Y a-t-il terreur plus douce que celle du true crime ? Lorsqu'on assiste, bien caché derrière son livre, au spectacle de la réalité frappée par l'ignominie humaine. La trajectoire démente, mais vraie, du Dr Cream, entre le Québec, les États-Unis et Londres, procure de ces plaisirs-là. En 1891, dans un quartier londonien proche de celui où sévit Jack l'Éventreur, s'installe un homme que son caducée met au-dessus de tout soupçon. Mathilda, Louisa, Alice, Emma vont croiser son chemin. Où plutôt ses soins.
Noceur, buveur, séducteur au dandysme tapageur, mais aussi empoisonneur, avorteur et maître chanteur, le bon Dr Thomas Neill Cream résout tous les problèmes – maris jaloux, pharmaciens bavards, clientes mécontentes – à coups de pilules foudroyantes. Il sera pendu à Londres, à deux doigts d'avouer être le « Ripper » du quartier de Whitechapel. À l'époque où naît la criminologie, comme le rappelle Dean Jobb, l'auteur canadien de ce livre-enquête, on le tient pour le premier tueur en série répertorié de l'Histoire. « Quand un médecin a mal tourné, il est le pire des criminels », disait Sherlock Holmes. Cream ne l'a pas fait mentir.
L'Affaire du Dr Cream, de Dean Jobb. Traduit de l'anglais par Marie-José Thériault (Éditions de l'Homme, 432 p., 24 €).L'extrait qui tue En ce vendredi serein, dernier jour de juillet 1891, la porte de fer du pénitencier d'État de l'Illinois à Joliet (Illinois State Penitentiary) s'ouvrit en grinçant sur un homme amaigri et blême pour le lancer dans le monde qu'il avait quitté près d'une décennie auparavant. Bien au-dessus de sa tête, au sommet des murs en calcaire gris de l'établissement carcéral situé à quarante milles au sud-ouest de Chicago, des gardes en pardessus bleus, armés de carabines Winchester, le regardèrent s'éloigner. S'il s'était évadé, ...
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