Il est 17h, Nathan, 12 ans, sort de son collège parisien. "Il a été borné il y a deux minutes à proximité de son école", lâche son père, Christophe, dans le reportage de TF1 ci-dessus. Il peut tout suivre depuis l'application "Family Link", qui géolocalise Nathan en temps réel. Un fil à la patte que le jeune garçon approuve plutôt. "Ça ne me dérange pas plus que ça, parce que comme ça, ils savent où je vais, quand j'y suis et si j'ai des problèmes", assure-t-il. Mais attention, l'outil n'est pas infaillible. "Ça me met : 'mise à jour il y a 22 minutes' et je vois son dernier point connu", explique le père de famille. Résultat, sur l'écran, la position de Nathan n'a pas bougé de son arrêt de bus. Alors qu'en réalité, le collégien est bel et bien en route.
Malgré cela, pour les parents, un simple coup d'œil sur l'application peut suffire à calmer une inquiétude. "On a vu une fois, avec les grèves de bus, qu'il mettait un peu plus d'une heure pour rentrer. Il ne répondait pas parce qu'il n'entendait pas son téléphone qui était au fond de son sac. On a géolocalisé et on voyait qu'il rentrait à pied dans la bonne direction", se rappelle Christophe. Les parents sont bel et bien rassurés, mais qu'en est-il pour les enfants ? Impossible par exemple pour eux de tricher avec la géolocalisation. "Il ne peut pas", confirme le père de Nathan.
Comme Christophe, de plus en plus de parents ont recours à cette application. En un an, les téléchargements ont bondi de 30%, même si son fonctionnement ne tient pas à grand-chose : pour la bloquer, il suffit en effet de mettre le portable en mode économie d'énergie. Mais ce n'est pas le seul outil disponible : montres connectées, trackers... compter de 7 à 159 euros, c'est le prix à payer pour se sentir rassurer.
Les laisser grandir, leur laisser un espace d'émancipation, c'est extrêmement important.
Vanessa Lalo, psychologue, spécialiste des pratiques numériques.
Faut-il toutefois s'imposer des limites ? Vanessa Lalo, psychologue, spécialiste des pratiques numériques qui intervient dans le reportage de TF1, appelle les parents à la modération. "Je pense que c'est une erreur de vouloir surveiller en permanence ses enfants. C'est une question de confiance. Les laisser grandir, leur laisser un espace d'émancipation, c'est extrêmement important", explique-t-elle. Pour cette spécialiste, "c'est en expérimentant qu'on apprend. Un enfant qui se trompe de sens, de route ou qui prend le mauvais bus, va pouvoir expérimenter son regard sur le monde et ses interactions avec autrui, parce qu'il peut être amené à demander son chemin à quelqu'un d'autre".
Ces applications privent aussi les enfants d'une forme de liberté, comme "avoir le droit de se tromper, faire l'école buissonnière, mentir un peu à ses parents", et "c'est dommageable", insiste la psychologue. "Aujourd'hui, on voit bien qu'on a de plus en plus peur de laisser les enfants s'autonomiser, pour plein de raisons liées à des faits divers et autres, et comme on a les moyens technologiques de pourvoir les surveiller et les tracer, on se dit : 'pourquoi ne le ferait-on pas ?'", poursuit-elle. Tout en précisant : "En fait, ça empêche les enfants de se construire avec leur espace de construction propre. On ne va pas pouvoir négocier les règles parentales (vouloir sortir un peu plus tard, aller voir les copains, ne pas rentrer tout de suite après l'école...) avec le lien de confiance qui va avec, puisqu'on va avoir directement le tracking des parents. Et ce qui est important à l'adolescence, c'est d'avoir ces espaces sa...
[Courte citation de 8% de l'article original]