C'est le premier attentat anarchiste commis par une femme en France. Et aussi le dernier d’une longue série entamée à la fin du XIXe siècle. Un coup double, de surcroît mortel. Et cela grâce à plusieurs coups de feu tirés, le lundi 22 janvier 1923, au premier étage d’un immeuble parisien situé 12, rue de Rome. C’est ici, face à la gare Saint-Lazare, que se tient le siège de l’Action française. Ou, plus précisément, le siège de la bruyante organisation royaliste et de la rédaction de son journal éponyme, codirigé par Charles Maurras et Léon Daudet, par ailleurs député provocateur de la République.
Depuis longtemps déjà, une jeune femme cherchait à rencontrer l’un de ces deux représentants nationalistes, antisémites et va-t-en-guerre contre l’Allemagne. Peine perdue. Impossible de les approcher isolément. À défaut de Daudet, cible prioritaire, Marius Plateau fit l’affaire de l’opiniâtre Germaine Berton, alors âgée de 20 ans.
Pourquoi une telle détermination ? Pour punir d’abord l’Action française d’avoir encouragé l’occupation de la Ruhr, lancée il y a seulement dix jours. Ensuite, pour venger Jean Jaurès, assassiné en 1914 par Raoul Villain, lecteur fidèle du quotidien monarchiste, et acquitté de son crime. Enfin, pour venger Miguel Almereyda, un journaliste mort en 1917 à la prison de Fresnes, où il avait été incarcéré à la suite d’une campagne de presse menée par ces mêmes nationalistes.
Dans l’organigramme de l’extrême droite, Marius Plateau n’est pas n’importe qui. Âgé de 36 ans, cet ancien combattant est le secrétaire général de la Ligue d’action française, organisation fondée...
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