Il est mort il y a bien longtemps –cent-dix-huit ans–, celui qui a écrit: «Le malheur me paraît tellement invraisemblable que j'en viens même à ne plus savoir que penser, je m'y perds.» Elle est intensément vivante, celle qui dit et ne dit pas cette phrase, la triture, la mâchonne, la murmure, la digère, la métabolise. Et bloque. Encore. Et encore.
C'est très bizarre, presque burlesque, ou un peu malsain, ce rapport obsessionnel d'Isabelle Huppert à une seule phrase, une réplique de La Cerisaie d'Anton Tchekhov, qu'elle va jouer le soir même sur une des scènes les plus célèbres du monde, celle du Palais des papes, en ouverture du Festival d'Avignon.
Problème trivial? Anecdotique? Chacun peut à bon droit le penser tant qu'il n'a pas vu ces séquences –dans le jardin, dans la voiture, dans la loge, sur le plateau pendant la dernière répétition. Parce que ce qu'on voit, ce qu'on perçoit, est à la fois bouleversant et infiniment troublant. Ce qui s'éprouve là, presque indépendamment d'à propos de quoi cela s'éprouve (jouer une pièce de Tchekhov), concerne la peur et le courage. Ce qui se ressent est au croisement d'un acte de passion au-delà de la raison et, du même mouv...
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