20 octobre 1962. Guerre sur le Toit du monde

Humanite - 26/11
La Chine et l’Inde se lancent dans un affrontement militaire dans les hautes montagnes du Karakoram et de l’Himalaya. La guerre fut courte et victorieuse pour les Chinois. Humiliante pour les Indiens. Si elle ne bouleversa pas profondément les équilibres de la région, elle continue à assombrir les relations sino-indiennes, alors que New Delhi et Pékin sont devenus des puissances mondiales.

En ce mois d’octobre 1962, le monde regarde vers Cuba où la crise des missiles opposant les deux superpuissances de la guerre froide bat son plein. Le 20, Pékin lance 80 000 soldats de son Armée populaire de libération (APL) à l’attaque du territoire indien en Aksai Chin et dans la zone de l’Arunachal Pradesh (1), dans l’Assam. Pour contrer ces deux offensives simultanées à 1 000 kilomètres de distance, New Delhi ne peut aligner que 10 000 hommes, et se fait rapidement submerger. Le premier ministre indien, Jawaharlal Nehru, réclame alors, par deux lettres au président Kennedy, une intervention aérienne des États-Unis, lesquels menacent Pékin de passer à l’action.

La Chine décrète unilatéralement un cessez-le-feu, le 20 novembre, à l’issue duquel elle conserve – jusqu’à aujourd’hui – l’Aksai Chin, toujours revendiqué par l’Inde, mais lui rend l’autre région disputée, l’Arunachal Pradesh, tout en continuant à faire valoir ses droits sur cette zone. La guerre n’a duré qu’un mois. La victoire chinoise est sans appel mais les pertes en vies humaines sont lourdes : 1 383 soldats indiens ont été tués, 1 696 sont portés disparus, et près de 4 000 ont été capturés. Le bilan officiel chinois est de 722 morts.

Le sang versé sur le Toit du monde est une fois encore la conséquence désastreuse de partages coloniaux. Au cœur des massifs du Kararokam et de l’Himalaya, l’Inde et la Chine partagent plus de 3 000 kilomètres de frontière dessinée au cours du XIXe siècle par les Britanniques, dont l’Inde était le joyau de l’Empire colonial. En 1914, Londres impose comme frontière la ligne McMahon, qui incorpore à l’Inde britannique des territoires que Pékin considère comme siens depuis toujours : l’Aksai Chin, un territoire du Ladakh indien qui s’avance en territoire chinois, à la jonction du Xinjiang et du Tibet, et qui est aussi une porte d’accès au Cachemire. La seconde zone conflictuelle est celle...
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