La France est à un tournant de son histoire. J’aurais presque souri à ces mots s’ils ne traduisaient pas une profonde inquiétude quant à l’avenir de notre société. Une fois encore, le discours de nos politiques a tellement galvaudé ce genre d’expressions que chacun a perdu le sens de la mesure et, surtout, de la gravité des choses lorsqu’elle est réelle. Telle la chèvre de Monsieur Seguin appelant à l’aide régulièrement, nos femmes et hommes politiques ont trop souvent eu tendance à invoquer ces dernières années le caractère « historique », « dramatique », « inédit » de ce que nous vivions. À tel point qu’ils ont fait plonger le récit politique dans une urgence permanente, qui au mieux ne signifie plus rien, au pire dont on s’est accommodé. Enfin, ils ont « normalisé » la parole politique, lui faisant ainsi perdre le peu de valeur qu’il lui restait dans l’opinion publique. Obnubilés par la perspective d’une nouvelle élection à gagner, nos dirigeants, toutes opinions confondues, ont abaissé le poids des mots à celui des maux qu’ils prétendaient combattre ; faisant de la scène démocratique une arène où chacun use de la rhétorique la plus dure, la plus choquante, la plus perturbante, pour marquer les esprits. Le stigmate de tout cela est la crise inédite de confiance démocratique que traverse la France, et qui s’est considérablement renforcée ces dernières années. Comment faire confiance à ceux qui, hier, ont promis et ont failli ? C’est l’une des questions les plus suscitées par l’actualité politique du pays depuis près de vingt ans, à laquelle personne n’a réussi à répondre.
La France est à un tournant de son histoire, non comme nation dont l’existence est continuelle et sans limite de temps, mais comme société, dont forcément l’incarnation dépend des femmes et des hommes qui la composent. En ce ...
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