Deux ans après sa défaite à l'élection présidentielle, et l'invasion du Capitole par ses partisans, l'ombre de Donald Trump plane toujours sur le Congrès américain. Avec de nombreux candidats aux midterms, les élections de mi-mandat, alignés sur l'ancien président, le Sénat et la Chambre des représentants pourraient accueillir des élus qui ne reconnaissent pas la légitimité de Joe Biden. Leur influence aidera-t-elle Donald Trump à revenir à la Maison Blanche en janvier 2025 ? La politologue Nicole Bacharan, spécialiste des États-Unis*, nous livre son analyse.
On a vu Donald Trump se mobiliser pour plusieurs candidats durant la campagne, qu’espère-t-il des midterms ?
Il va faire ses comptes, voir combien, parmi les candidats qu’il a soutenus, ont effectivement été élus. Si les républicains l’emportent, il va aussi observer avec grand plaisir la probable dissolution de la commission d’enquête sur l'invasion du Capitole. Ils sont d’ailleurs décidés à mettre en place d’autres commissions d’enquête, cette fois-ci visant Joe Biden et différents responsables démocrates. Mais je pense que Trump veut se représenter, que les républicains gagnent ou non les "midterms". Pour l’instant, le pronostic penche en faveur des républicains, mais ça reste quand même incertain, du côté des sondeurs.
D’abord, Donald Trump veut se venger, c’est sa motivation première, et pour l’instant, il n’a aucun autre programme politique que de punir tous ceux qui, d’après lui, n’ont pas été loyaux. S’il était élu, ça le mettrait aussi à l’abri de pas mal de poursuites, grâce à l’immunité présidentielle. Ses ennuis judiciaires ne l’empêchent pas de se représenter, pour l’instant, mais dans le cas contraire, il pourra toujours dire : "vous voyez, on veut m’empêcher de me présenter !". À mon avis, il ira de toutes façons, mais il est vrai que si les républicains gagnent, ça renforcera sa position.
On parle beaucoup des "bébés-Trump", qui pourraient faire leur entrée au Congrès…
Ils sont très nombreux : on a calculé que lors du scrutin du 8 novembre, 60% des électeurs américains se trouveront dans une circonscription leur offrant la possibilité de voter pour un candidat qui conteste la victoire de Joe Biden à la présidentielle de 2020. Cela représente donc beaucoup de monde, et un certain nombre d’entre eux pourraient entrer à la Chambre des représentants, comme au Sénat.
Dans le camp républicain, les figures émergentes sont de différents styles. Quelqu’un comme Ron DeSantis, qui devrait être réélu gouverneur de Floride, est très ressemblant à Donald Trump, avec cette différence qu’il a 30 ans de moins. L'ancien président le déteste d’ailleurs pour cela, parce que justement cela ouvre la possibilité d’une succession. Ce n’est pas un ressentiment fondé sur une opposition politique, mais sur une rivalité de personnes.
On parle aussi beaucoup de Greg Abbott, au Texas, ou de J.D. Vance, candidat au poste de sénateur de l’Ohio, qui sont complètement alignés sur Trump et son récit d’élection présidentielle volée. Il y a aussi Marjorie Taylor Greene, qui est encore plus extrémiste que Trump, et qui revendique une place de premier plan au sein du parti républicain. Elle était complètement à la marge, on la classait dans les "cinglés", pour parler abruptement : elle est d’une incompétence totale, mais elle porte des convictions radicales. Maintenant, elle revendique d’être la n°2 de la chambre des Représentants, et se verrait aussi très bien en colistière de Trump, s’il se représente, et ça n'a rien d'impossible.
Chez les démocrates, c’est le désert ?
Pour l’instant oui, ça ne veut pas d...
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