Un pays plongé dans les abîmes. Depuis le retour à Kaboul des talibans, la pauvreté est devenue extrême en Afghanistan. L'envoyée spéciale de TF1 Liseron Boudoul, qui s'y était déjà rendue il y a près d'un an, est retournée dans l’ouest du pays, dans la région d’Hérat. C’est là que se sont installées, dans des abris précaires, des centaines de familles afghanes. Victimes de sécheresses successives, elles ont été forcées de quitter leurs terres devenues trop arides pour être cultivées. L’eau, comme la nourriture, sont devenues très rares. "On est tous dans la pauvreté. Personne ne vient nous aider", s'étrangle le chef de ce camp. "On nous a donné une seule fois de la farine. Je vous l’avoue, je meurs de soif et on n’a plus rien à manger. Toutes les familles se couchent le ventre vide ici", déclare-t-il encore.
Au lieu de voir mes six enfants mourir de faim, c’est mieux d’en sacrifier une
Un habitant
Pour faire face à cette extrême pauvreté, à ce désespoir total, de plus en plus de parents optent pour une solution radicale, que Liseron Boudoul avait déjà observé dans son précédent reportage : vendre leur fillette, très jeune. Le père d’un bébé de tout juste un an, déjà marié pour 250 euros, témoigne. "Je n’avais plus d’autres solutions. Je devais la vendre. Je vous jure que pour manger, on n’a que du pain rassis. On le trempe dans l’eau et quand il devient mou, on le mange. C’est ça notre vie", justifie-t-il. "Si vous étiez à ma place, vous n’auriez pas vendu votre fille ? Au lieu de voir mes six enfants mourir de faim, c’est mieux d’en sacrifier une. Mais bien sûr que je l’aime ma petite", déclare-t-il encore. L’homme qui a acheté son bébé, pour la marier à son fils plus tard, viendra la chercher avant l’hiver.
Juste à côté, une autre femme vit dans une cabane de torchis, recouverte d’une bâche en plastique. Sa fille n'ira jamais à l'école. "On a faim. Mon père m’a mariée pour 200.000 afghanis", soit environ 2000 euros, lâche l'enfant. Si elle reconnaît qu'elle n'est "pas prête" à se marier, elle espère que cette union lui permettra de manger au moins deux fois par jour. La fillette, âgée de 7 ans, rejoindra bientôt son futur époux, qui en a 26.
Ce genre d'histoires est devenu tragiquement banal sur ces terres au croisement de l'Asie et du Moyen-Orient. Si le mariage forcé est une pratique ancestrale en Afghanistan, son nombre ne cesse d'augmenter sous l'impulsion d'une pauvreté toujours plus croissante. Avec un PIB d'approximativement 20 milliards de dollars, l'économie afghane était déjà très réduite, mais "en un an, elle a perdu environ 5 milliards de dollars", a rappelé, au début du mois, Kanni Wignaraja, directrice du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) pour l'Asie et le Pacifique. "Cela représente environ dix années de richesses et d'avoirs accumulés, perdus en seulement dix mois. Nous n'avons pas vu un tel effondrement dramatique ailleurs dans le monde", a-t-elle alerté. Aujourd'hui, 95 à 97% de la population vit sous le seuil de pauvreté, contre un peu plus de 70% il y a un an.
Dans un autre village, cette fois aux maisons d'argile, les enfants ne sont pas les seuls à être vendus au plus offrant. De nombreuses personnes sacrifient aussi leurs organes. Un homme a ainsi cédé son rein, toujours pour la même raison : survivre. "Si je ne l’avais pas vendu, mes enfants seraient morts de faim", affirme-t-il. Selon le chef de cette bourgade, désormais surnommé le "village du rein", "...
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