Dans un contexte de fortes incertitudes en Afrique et dans le monde, l'économiste togolais, également commissaire à l'Agriculture, aux Ressources en eau et à l'Environnement de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), qui rassemble huit pays de l'Afrique de l'Ouest, pose un diagnostic sans concession sur la plupart des stratégies économiques menées en Afrique ces quarante dernières années. Un travail de longue haleine qui amène ce spécialiste des questions monétaires à sortir régulièrement de son rôle de technocrate, quitte à parfois bousculer l'establishment politique africain. Ce matin d'octobre, lorsque nous le rencontrons à Paris, Kako Nubukpo s'affiche serein. Il faut souligner que plusieurs des réflexions de l'intellectuel, que ce soit sur le franc CFA ou sur le rôle des institutions financières internationales qui provoquaient des débats passionnés et quelques controverses, connaissent une résonance particulière en Afrique, avec la tenue d'événements, de tournées et de débats. Il revient avec Une solution pour l'Afrique : du néoprotectionnisme aux biens communs (éd. Odile Jacob), un essai coup de poing dans lequel il bat en brèche bien des idées reçues sur le développement du continent africain et avance plusieurs pistes de réflexion sur les biens communs, le protectionnisme écologique, la sécurité alimentaire. Il s'est confié au Point Afrique.
Le Point Afrique : Du 10 au 16 octobre, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont tenu leurs assemblées annuelles sur fond de crise économique mondiale mais l'Afrique semble être encore plus vulnérable face aux chocs
Kako Nubukpo : Actuellement, le monde paye trois chocs successifs : le premier est lié à la pandémie de Covid-19 et la déstructuration des chaînes logistiques mondiales. C'est un choc d'offre, qui se caractérise par la hausse des prix. Ensuite, nous avons eu un deuxième choc, cette fois-ci de la demande, conséquence directe de la rapidité de la reprise postpandémique. La guerre russe en Ukraine constitue le troisième choc et de nouveau il s'agit d'un choc d'offre, du fait de la flambée des prix des matières premières, dont l'énergie.
Et pour y faire face, les institutions de Bretton Woods orientent, comme elles le font depuis plus de quarante ans, les pays africains vers les mêmes solutions, à savoir l'adaptation des politiques monétaires, l'assainissement des finances publiques, l'augmentation des taux d'intérêt par les banques centrales, rien de nouveau sous le soleil. Sauf que l'Afrique ne peut pas se développer en suivant ces dogmes.
Pour freiner la croissance des prix, les banques centrales n'ont pas d'autre choix que d'augmenter les taux d'intérêt. Ne pensez-vous pas qu'il y a urgence à agir ?
Il faut comprendre que le premier et le troisième choc sont difficiles à appréhender pour une banque centrale parce que l'inflation n'est pas d'origine monétaire. En général, lorsqu'une banque centrale augmente ses taux d'intérêt, elle espère casser l'inflation. Mais dans le contexte actuel, c'est très compliqué pour les banques centrales africaines, parce que même en augmentant les taux, l'inflation ne faiblit pas.
En réalité, nous sommes en train de payer notre dépendance au reste du monde et notre arrimage à l'euro pour les pays de la zone du franc CFA. Je l'ai toujours dit et cela se vérifie à chaque choc exogène, l'arrimage du franc CFA à l'euro n'a pas de sens parce que nous subissons toutes les fluctuations de l'euro alors que la conjoncture de nos deux zones est très différente. Dans ce contexte, les États africains n'ont pas d'autre c...
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