Le meurtre dans des circonstances dramatiques de la petite Lola, à 12 ans, à Paris, a provoqué une émotion vive, une sidération totale dans la population française. Une cellule psychologique a été mise en place dans le XIXe arrondissement, là où a eu lieu le drame. Et une question qui hante les esprits : comment en parler, lorsque les mots manquent pour qualifier cet acte d'une barbarie innommable ?
Afin de contrer un éventuel traumatisme, le pédopsychiatre Nicolas Georgieff, sollicité par TF1info, donne des clés pour pouvoir aborder ce sujet lourd et violent avec ses enfants.
On ne peut pas protéger les enfants de la violence du monde
Nicolas Georgieff
Les enfants peuvent-ils être traumatisés par une telle affaire ?
Nicolas Georgieff : Il est vrai qu'avec la communication médiatique partout, les enfants sont sans cesse exposés et on ne peut pas protéger les enfants de la violence du monde. Malheureusement, elle est là et ils y sont confrontés. Mais, on doit pouvoir les élever à y faire face. Pour cela, l’enfant a un besoin fondamental de sécurité. L'environnement familial doit être là pour le sécuriser.
S’il y a un problème, l'enfant doit savoir que les parents sont disponibles pour en parler. À ce moment-là, il est capable d’affronter ce qui arrive aux autres, parce que lui, sera en sécurité, et se sentira protégé. Si l'enfant lui-même se sent menacé, là, il devient vulnérable au malheur des autres. Autrement dit, il a les moyens d’être confronté au malheur des autres, sans que cela devienne son propre malheur.
Bien sûr que dans cette affaire, il y a identification et empathie. Les enfants sont très sensibles à tout ce qui se passe. Mais pour que les faits provoquent un psychotraumatisme, il faut que lui-même soit en insécurité. Un enfant correctement protégé sera beaucoup moins sensible à la mention traumatique de l’information. Les enfants sont résilients, quand il y a un environnement protecteur et adéquat. En somme, ils ont cette capacité de résilience qu’il ne faut pas sous-estimer.
Pour autant, faut-il systématiquement aborder ce sujet avec les enfants ?
La question va se poser de manière différente selon chaque enfant. Ils sont tous très différents, vivent dans des milieux différents et ont des histoires différentes. Et puis c’est très variable, selon l’âge. Cela veut dire, à mon avis, qu’il n’y a aucune obligation d’aborder systématiquement cette question avec un enfant qui n’en parle pas. Il y a souvent cette idée que dire les choses prévient les problèmes. Moi, je ne le crois pas.
Si un enfant va bien et n’évoque pas cette situation dramatique avec ses parents, je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’aller au-devant, de le confronter à quelque chose, comme si le fait d’en parler allait prévenir quoi que ce soit. En revanche, quand l’enfant manifeste soit une interrogation ou des signes de malaise, comme de la tristesse ou de l’anxiété, qu’il est au courant de cette affaire-là et que cela le perturbe, là, il faut être très présent.
Dès qu’on arrive à donner des éléments de compréhension, on réduit la portée traumatique.
Nicolas Georgieff
Lors d’une éventuelle discussion, comment parvenir à rassurer les enfants ?
Ce qui caractérise le psycho-trauma correspond au fait d'être confronté à quelque chose d'incompréhensible. Dès qu’on arrive à donner des éléments de compréhension, on réduit la portée traumatique. Il faut que ce drame commence à s’inscrire dans quelque chose de compréhensible. Cela n’enlève rien à son caractère atroce. En revanche, cela le rendra moins traumatique. Cela vaut pour les enfants, comme pour les parents. Si les adultes sont eux-mêmes sidérés et émotionnellement...
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