Bâtons aveugles ignorant Wagner

Luis Gago - El País - 10/10
La nouvelle production de Dmitri Tcherniakov de 'L'Anneau du Nibelung' pour le Staatsoper de Berlin s'achève sur un 'Crépuscule des dieux' flou et mal assemblé avec les jours précédents
Brünnhilde (Anja Kampe) embrasse le cadavre de Siegfried (Andreas Schager) à la fin de 'Twilight of the Gods', le troisième et dernier jour de 'The Ring of the Nibelung' dans la nouvelle production créée au Staatsoper de Berlin.MONIKA RITTERSHAUS

De dimanche à dimanche, le Staatsoper unter den Linden de Berlin a réalisé l'exploit de mettre en scène, en ces temps, une nouvelle production de L'Anneau du Nibelung, le plus grand défi imaginable pour toute maison d'opéra. Elle l'a fait aussi sans la participation de celui qui fut et fut appelé à en être le principal architecte, Daniel Barenboim, le plus grand metteur en scène wagnérien vivant et le principal responsable, en même temps, du fait que le Staatsoper, dont metteur en scène il n'y est arrivé que trois ans Après la chute du mur de Berlin, il a atteint le plus haut niveau d'excellence de son histoire et est devenu un théâtre européen de référence. Ce qui devait être un cadeau précoce pour son quatre-vingtième anniversaire imminent a dû devenir pour lui une source de frustration d'une ampleur inimaginable. C'est ce qu'a élégamment laissé entendre juste avant le début de la représentation de Götterdämmerung, le dernier jour de la tétralogie, dimanche après-midi, le maire du Staatsoper, Matthias Schulz, qui a souhaité au chef d'orchestre et pianiste argentin un prompt rétablissement. Sa brève intervention a été suivie de très longs applaudissements.

Anja Kampe (Brünnhilde) et Andreas Schager (Siegfried) dansent joyeusement et nonchalamment à la fin du prologue de "Götterdämmerung", toujours inconscients de l'immense tragédie à venir. Monika Rittershaus

Comme on pouvait le prévoir après Siegfried, Dmitri Tcherniakov n'a gardé aucun atout dans sa manche, ni aucun lapin dans son chapeau, pour tenter de donner sens et intérêt à sa proposition scénique, peut-être parce qu'il s'était lui-même imposé tant de contraintes, beaucoup de fidélité à une idée directrice dont les limites étaient devenues de plus en plus évidentes, que sa marge de manœuvre était minime, voire inexistante. Dans Das Rheingold, il était déjà clair comment, d'une manière quelque peu confuse, il avait décidé de déplacer l'action vers ce qu'il appelait le Centre d'Expérimentation Scientifique de l'Evolution Humaine, E.S.C.H.E. par son acronyme anglais (clin d'œil au frêne du monde du récit mythologique) : un plan détaillé des installations de ce Forschungszentrum nous a fidèlement accompagnés tout au long du prologue et des trois jours. Dans L'Or du Rhin, les petits scénarios de ce centre de recherche commandé par Wotan se succédaient inlas...
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