Depuis la découverte de quatre fuites mystérieuses, précédées d'explosion suspectes lundi au niveau des gazoducs Nord Stream, en mer Baltique, la Russie est l'objet de tous les soupçons, tandis qu'elle pointe de son côté les États-Unis. Sans incriminer explicitement Moscou, l'Otan a toutefois dénoncé jeudi des sabotages "délibérés et irresponsables", et laissé transparaître ses soupçons en indiquant vouloir se défendre contre toute attaque "hybride". Ce n'est pas la première fois que le concept de "guerre hybride" est brandi depuis le début du conflit en Ukraine.
L'Alliance atlantique s'était dite prête à se "défendre face à l'utilisation, à des fins coercitives, du levier de l'énergie ou de tout autre procédé hybride par des acteurs étatiques ou non étatiques". Quelques jours plus tôt, à la tribune de l'ONU, c'est Emmanuel Macron qui s'en prenait à "une guerre hybride mondialisée qui utilise le prix de l'énergie, la sécurité alimentaire, la sûreté nucléaire, l'accès à l'information et les mouvements de population comme des armes de division et de destruction". De son côté, l'ex-président russe Dmitri Medvedev avait accusé au début du mois l'Allemagne de mener une "guerre hybride" contre la Russie, citant "des sanctions contre toute l'économie russe" et la livraison d'"armes létales à l'Ukraine".
Tous semblent donc ranger derrière ce terme le recours à une myriade de leviers pour mener la guerre, y compris hors du terrain des combats. Un conflit hybride s'appuie en effet sur une "intimidation stratégique de la part d’États disposant d’armes de destruction massive, des opérations interarmées impliquant aussi des unités spéciales et des mercenaires, et des manœuvres de désinformation à grande échelle", comme l'explique Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), dans le livre Guerres invisibles (2021), cité par Le Monde.
Les belligérants adaptent ainsi constamment leurs stratégies et usent de moyens à la fois militaires et non militaires, conventionnels et irréguliers. Avec un objectif en tête : "manipuler en permanence les perceptions", pour parvenir à "la déstabilisation d’un gouvernement et/ou d’une société" sur tous les fronts, y compris de l'intérieur, sur le plan politique, en exploitant au maximum toutes ses "lignes de failles", "qu’elles soient économiques, ethniques ou culturelles", pointe dans un billet Guillaume Lasconjarias, chercheur au Collège de défense de l’OTAN.
Ce n'est pas la première fois que ce terme est employé au sujet du conflit entre l'Ukraine et la Russie, puisqu'en 2014, Moscou avait déployé en Crimée des soldats sans écusson, appelés "les petits hommes verts". Le chef d'état-major russe avait "conceptualisé" dès lors le concept de guerre hybride, destinée à mener en parallèle des actions militaires officielles, "des opérations sous le seuil qui permettent d'influencer et d'obtenir des résultats plus probants que l'action militaire", explique sur France 5 Emmanuel Dupuy, président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe.
"Il y a toujours une part, même faible, d’irrégulier dans les guerres les plus régulières (...). Ainsi toutes les guerres sont hybrides si on les considère au plan politico-stratégique"
Elie Tenenbaum, chercheur à l'IFRI
L'invention du terme lui-même remonte à 2005, sous la plume de deux officiers américains des Marines, "pour tenter de qualifier la situation dans laquelle les Américains se trouvent en Irak à l’époque", explique Elie Tenenbaum, chercheur à l’IFRI, dans la Revue Défen...
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