En Baltique, tout mouvement est scruté de près. Cette mer intérieure de 364.800 km², confinée et peu profonde, est nichée dans le nord de l'Europe entre les pays scandinaves (Danemark, Suède et Finlande), les pays Baltes (Lettonie et Lituanie), les États européens (Allemagne et Pologne) et la Russie, qui bénéficie d'un accès aux eaux de la Baltique également via son enclave de Kaliningrad. Une mer hautement stratégique et théâtre des actes de sabotage présumés contre les gazoducs russes Nord Stream cette semaine.
Dans cet espace "confiné et peu profond, chaque mouvement ou presque est traqué et observé par les États du littoral et leurs navires", détaille pour l'AFP Julian Pawlak, de l'université Helmut Schmidt de Hambourg. "Navires et sous-marins sont capables d'y déployer des plongeurs de combat en cachette" et autres véhicules sous-marins guidés à distance, laissant penser que les quatre fuites détectées dans la mer Baltique relèvent bien d'un acte intentionnel.
Un tel sabotage dans cette petite mer intérieure s'avère une opération hautement sensible. Tout d'abord, parce que la Baltique est un important point de passage : elle voit passer environ 8% du commerce maritime mondial. D'autre part, car le fond de la mer se révèle tapissé de câbles et autres tuyaux pétrogaziers tous plus stratégiques les uns que les autres. Outre les Nord Stream, le "Baltic pipeline" a été inauguré, mardi. Un tuyau permettant de faire transiter du gaz entre la Norvège et l'Europe via la Baltique et qui a pour but de restreindre la dépendance européenne au gaz russe. Le sabotage présumé des gazoducs Nord Stream laisse ainsi craindre pour la sécurité de ces installations dans le futur.
Mais surtout, cette mer s'impose comme un important point de passage pour les câbles sous-marins permettant d'assurer les communications mondiales. Plus d'une dizaine de ces artères vitales - sur les 420 qui tapissent le fond des océans et assurent près de 99% du trafic total sur Internet - transitent via la Baltique. Des câbles sous-marins qui permettent, selon les estimations, de réaliser plus de 10.000 milliards de dollars de transactions financières quotidiennes, soit quatre fois le PIB annuel de la France.
Des "autoroutes des mers" qui semblent particulièrement intéresser la Russie. Ces dernières années, un bateau nommé "Yantar" - officiellement un navire de "recherche océanique" mais suspecté de se livrer à des activités d'espionnage - a été observé, notamment au large de l'Irlande, en position stationnaire au-dessus de câbles internet. Des données d'autant plus inquiétantes que, dans la Baltique, ces artères se trouvent à une profondeur similaire à celle des gazoducs et sont ainsi particulièrement fragiles face à des risques de sabotage aux conséquences désastreuses.
La Baltique est également un enjeu stratégique militaire et les tensions autour de cette mer intérieure se sont accrues depuis le début de l'offensive russe en Ukraine et le lancement du processus d'adhésion à l'Otan de la Finlande et la Suède, qui bénéficient d'un accès direct à cette mer. Un espace fortement militarisé et qui fait régulièrement l'objet d'exercices militaire réguliers menés par l'Alliance atlantique. L'Otan y a aussi mis en place la mission Baltic Air Policing, qui vise à protéger l’espace aérien des pays baltes, et, surtout, ses bataillons armés, lesquels ont été renforcés depuis la guerre en Ukraine.
La Russie n'est pas en reste dans le secteur en opérant, chaque 31 juillet, sur les rives de la Baltique, un important défilé militaire en forme de démonstration de force. La Royal Navy britannique s'est d'ailleurs livrée, du 16 au 19 juillet dernier, à un exercice consistant à suivre deux sous-marins russes se rendant à cette parade en longeant les côtes norvégiennes. Une manœ...
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