Nord Stream : 5 questions pour comprendre les enjeux autour des fuites sur les gazoducs

LCI - 29/09
[VIDÉO] - Une quatrième fuite a été identifiée en mer Baltique au-dessus des gazoducs Nord Stream ce jeudi. Les deux installations auraient été touchées par des actes de sabotage. Retour en cinq questions sur les enjeux autour de ces fuites.

Une quatrième fuite a été identifiée en mer Baltique au-dessus des gazoducs Nord Stream ce jeudi.
Les deux installations auraient été touchées par des actes de sabotage.
Retour en cinq questions sur les enjeux autour de ces fuites.

Les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2, qui relient la Russie à l'Allemagne sous la mer Baltique, ont été touchés par plusieurs fuites depuis le début de la semaine. Au total, quatre ont été détectées : trois qui sont apparues dès lundi et une ce jeudi matin, dans une zone à proximité des premières. Des fuites extrêmement rares pour lesquelles la piste du sabotage est privilégiée. En effet, il est peu probable que quatre défaillances surviennent en quelques jours sur ces tubes, d'autant que de tels événements sont extrêmement rares sur les pipelines construits, en acier, pour résister aux chocs. La conduite Nord Stream 1, opérationnelle depuis 2011, n'a jamais connu d'incident notable. 

Un sabotage présumé qui pourrait avoir de lourdes conséquences, alors que l'Otan a dénoncé, ce jeudi, des actes "délibérés, irresponsables". Car si les gazoducs sont opérés par le Russe Gazprom, les explosions se sont déroulées dans les zones économiques exclusives de la Suède et du Danemark. Retour en cinq questions sur cette affaire hautement sensible. 

Pourquoi Nord Stream est si stratégique ?

Dans les faits, le terme "Nord Stream" regroupe deux gazoducs reliant la Russie à l'Allemagne via la mer Baltique : Nord Stream 1 et Nord Stream 2.

Nord Stream 1 est issu d'un projet lancé en 1997 et a été mis en service en 2012 après six ans de travaux et un investissement estimé à six milliards d'euros. Sa section en mer a été construite et est opérée par une compagnie détenue à 51% par Gazprom et par les Allemands BASF et E.ON. L'infrastructure, longue de 1222 kilomètres, est au cœur des enjeux pour la fourniture du gaz de la Russie vers l'Europe, sur fond de fortes tensions autour de la guerre en Ukraine. Chaque année, ce sont près de 55 milliards de mètres cube de gaz qui transitent par Nord Stream 1. Ces derniers jours, le pipeline était toutefois à l'arrêt. L’Allemagne qui consomme l’équivalent de 95 et 100 milliards de mètres cube de gaz naturel par an, compte à 30% sur des approvisionnements russes. D'autres pays, notamment les Pays-Bas et la République tchèque, reçoivent également du gaz issu de ce pipeline. Nord Stream 1 est donc crucial en Europe.

Nord Stream 2 est un projet lancé en 2018 dont les travaux se sont terminés en 2021 et qui devait venir doubler la capacité de livraison de gaz de la Russie à l'Europe. Le projet a été co-financé par plusieurs groupes énergéticiens européens : outre le Français Engie, OMV, Wintershall Dea, Uniper et Shell ont investi dans cette infrastructure pharaonique qui devait être opérée par Gazprom. Mais l'installation d'une capacité de 55 milliards de mètres cube n'est jamais entrée en service, en raison des tensions persistantes entre l'Union européenne et la Russie, particulièrement autour de la situation en Ukraine et la reconnaissance par la Russie des deux régions séparatistes du Donbass au début de l'année. Sa mise hors service, cette semaine, n'aura pas d'impact sur la livraison de gaz de la Russie vers l'Europe, mais les sabotages présumés dont il a été victime pourraient signer la fin de ce projet. 

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Qui est responsable de ces fuites ?

La mise hors service de ces installations revêt un enjeu de taille dans la lutte que se livrent le bloc occidental et la Russie. Mais qui a pu endommager Nord Stream ? Et à cette question, tous les regards semblent se tourner vers Moscou, même si le Kremlin a condamné l'incident, jugeant " ridicule" d'accuser la Russie avant d'estimer, jeudi, qu'il était l'œuvre "d'un État étranger". 

L'opération de sabotage présumé paraît, en tout cas, avoir été organisée par un État. Elle nécessite en effet d'intervenir par 70 mètres de fond. "C'est du lourd. Abîmer deux gazoducs au fond de la mer est un événement important, donc un acteur étatique est probable", note auprès de l'AFP Lion Hirth, professeur à la Hertie School de Berlin, écartant implicitement l'acte terroriste ou crapuleux. Mais une armée compétente sait le faire. La zone est "parfaitement adaptée à des sous-marins de poche", explique un haut responsable militaire français, évoquant soit l'option de nageurs de combat envoyés pour poser des charges, soit celle de la mine mobile ou du drone sous-marin.

Reste à savoir qui a pu mener une telle opération. La Russie est la principale pointée du doigt car "dans le passé, l'URSS basait des sous-marins espions avec des capacités spéciales d'ingénierie sur les fonds marins", rappelle l'analyste naval indépendant Hi Sutton sur Twitter. Depuis, les Pays Baltes sont passés du côté de l'Otan. Mais les fuites sont su...
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