Longs cheveux blonds, yeux clairs, visage enfantin, elle s'est avancé à la barre. "Je m'appelle Audrey Borla, j'ai 20 ans, au moment des faits, j'avais 13 ans".
Audrey Borla a perdu sa sœur jumelle Laura au cours de l'attentat de Nice. "On était comme cul et chemise. On avait une ressemblance comme deux gouttes d'eau. C'était mon miroir, se souvient Audrey face aux photos des jumelles qui sont projetés sur l'écran géant de la salle des Grands procès. On n'avait aucun secret. J'étais son journal intime, c'était le mien. Elle avait la main sur le cœur, elle savait écouter, elle avait tellement d'amour pour sa famille et ses amis. Elle avait des rêves comme tout enfant, des passions : la danse que nous faisions ensemble. On dormait dans la même chambre".
Ce soir du 14 juillet, les jumelles sont parties voir le feu d'artifice avec leurs parents. Après le spectacle, Audrey marche devant avec une amie, suivie de sa mère et de sa jumelle, et de leur papa. La dernière image qu'elle a de Laura, c'est tout sourire, dans les bras de sa maman, au lendemain d'une dispute.
Soudain, elle entend des cris, voit la foule venir sur eux et le camion leur foncer dessus tous feux éteints. "Il faisait des zigzags. J'ai eu quelques secondes de paralysie, je me suis dit : 'Qu'est-ce qu'il se passe ?". Audrey se réfugie sur la plage, rejointe par sa maman. "Elle criait sans cesse : 'Laura ! Laura !' Quoiqu'il se passe normalement, j'étais avec elle. J'ai la culpabilité de ne pas avoir été avec elle à ce moment-là."
Quand elles remontent sur la Promenade, plusieurs corps sont déjà recouverts d'un drap. Les parents des jumelles partent à la recherche de Laura tandis qu'Audrey se dirige vers le domicile familial où se trouve son frère. "J'ai eu sur la route cette incapacité de respirer. Je n'ai eu qu'une fois cette sensation dans ma vie. J'ai eu l'impression de ressentir son dernier souffle, c'était ma jumelle. Quand ça n'allait pas bien, je le sentais et là, je ne la sentais plus. Cette douleur, c'est comme si on me saignait le cœur."
Avec son frère et sa sœur, elle lance des avis de recherches sur les réseaux sociaux. Le lendemain, après une nuit de cauchemars, elle découvre sa mère "comme un zombie dans le salon". La famille et les amis appellent les hôpitaux, en vain. "Cet espoir de la voir commençait à s'éteindre à petit feu".
"Trois jours ont passé, pour moi c'était une éternité", explique Audrey. Elle évoque "des gens méchants qui ont dit qu'ils l'avaient retrouvée", certains qui l'auraient vue au Negresco ou encore les kidnappings cités par d'autres. Puis Audrey est appelée pour faire un test salivaire. Nouvel espoir pour l'adolescente, avant que la terrible annonce n'arrive. "Le commissaire a demandé à nous voir avec mon grand frère et ma grande sœur. On se tenait la main. Il nous a dit : "J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle : la bonne, c'est qu'on a retrouvé votre sœur, la mauvaise, c'est qu'elle est sans vie." Audrey se lève, quitte la pièce et cri dans le couloir. "Je me souviens, je ne versais pas une larme car je ne voulais pas y croire."
Les trois enfants sont envoyés à l'hôpital Pasteur où sont leurs parents pour y passer la nuit. "Ma mère était assise sur le lit, elle pleurait. J'ai fait un pas dans la chambre, ma mère m'a regardée, elle a crié tellement fort. Elle a dit : 'Regardez ma fille, elle est pas morte ! Regardez, c'est Laura, elle est là. C'est là que je me suis dit que je ne pouvais pas rentrer chez moi." Audrey partira vivre un mois et demi chez une amie.
Arrivent les obsèques. Audrey ne va pas voir sa sœur dans son cercueil. Elle lui a laissé son doudou et a pris le sien."Je refusais de la voir avec son bleu sur la tête." Elle a préféré garder en tête la dernière i...
[Courte citation de 8% de l'article original]