Franck Terrier a déjà raconté son histoire des dizaines de fois à la presse. Ce mardi, pourtant, devant la cour d'assises, le quinquagénaire était impressionné. "Détendez-vous, je vois que vous êtes un peu tendu", conseille le président de la cour d'assises spéciale, Laurent Raviot, à l'homme face de lui à la barre.
Costume bleu marine, Légion d'honneur sur le col, cravate sombre et chemise blanche, Franck Terrier débute sa déclaration spontanée. "Ce soir-là, on était avec ma femme, on voulait manger une glace. Un camion nous double sur la droite. Je voulais le rattraper. Ma femme hurlait, je l'ai déposée. J'essaie de jeter mon scooter sous les roues du camion. J'arrive à accéder à la cabine et je me bats avec le terroriste. Et voilà, c'est tout", résume-t-il en une poignée de secondes, omettant même de dire qu'il s'était pris un coup de crosse, qu'il avait échappé à un coup de feu et qu'il s'était ensuite réfugié sous l'une des roues du 19 tonnes.
Il faudra attendre les questions de la cour et des avocats pour en savoir plus. "Vous, vous avez compris ce qu'il se passait ? interroge Laurent Raviot. "J'ai tout de suite compris ce qu'il se passait, il (le terroriste) visait le maximum de personnes", lui répond Franck Terrier avant d'ajouter plus tard : "J'ai vu tout de suite que c'était un attentat terroriste. Il n'y avait aucune ambiguïté à ce niveau-là. Il était déterminé à écraser le maximum de personnes."
S'il n'a pas réussi à stopper complètement le terroriste, Franck Terrier l'a ralenti dans sa course mortifère et sans doute permis à la police de le neutraliser plus rapidement peu après.
Une avocate de la partie civile lui demande pourquoi a-t-il décidé d'intervenir. "J'étais déterminé à l'arrêter. Il fallait absolument que j'arrête ce massacre", répond l'homme à la barre. "Au risque de votre vie ?", poursuit la robe noire. "Oui, au risque de ma vie", lui répond-il.
Aujourd'hui pourtant, six ans après les faits, ce coordonnateur de profession dit avoir ce "sentiment de culpabilité" de ne pas avoir fait mieux, de ne pas être parvenu à maîtriser le terroriste. Plusieurs avocats salueront "l'intervention héroïque" de cet homme avant qu'il ne regagne les bancs de la salle d'audience.
Après lui, c'est Alexandre Nigues qui s'est avancé vers la barre. Quand le président lui demande ce qu'il souhaite déclarer, le trentenaire répond :"Je souhaite dire qu'il (le terroriste) a réussi à faire beaucoup de mal à beaucoup de gens, y compris les victimes psychologiques comme moi. J'imagine même pas les personnes qui ont perdu des proches."
Il raconte ensuite sa terrible soirée. "J'ai regardé le feu d'artifice, je voulais rentrer chez moi, j'ai croisé le camion fou, il était en face de moi. J'ai vu qu'il voulait écraser le maximum de personnes. Il était déterminé. J'ai jeté mon vélo."
Alexandre Nigues profite d'un moment où le camion ralentit pour le rattraper. "J'ai tenté d'ouvrir la porte. Il a sorti une arme, il m'a braqué. Je tiens quand même à ma vie. J'ai tenté quelque chose de fou". Il lâche alors la poignée du camion et repart "dans l'autre sens". "J'ai failli me faire renverser par Franck Terrier à ce moment-là. J'ai repris mon vélo et j'ai remonté la promenade en sens inverse du camion. J'ai vu peut-être une quarantaine de personnes complétement écrasées", se souvient-il, très ému.