Trouver une solution avant l'hiver. C'est dans cette situation d'urgence que les ministres européens de l'Énergie se réunissent ce vendredi 9 septembre à Bruxelles. Objectif : trouver un accord sur une panoplie de mesures pour enrayer l'envolée des prix du gaz et de l'électricité.
Parmi les sujets mis sur la table, se trouve l'épineuse question des dysfonctionnements du marché européen de l'électricité, dont les prix sont impactés par ceux du gaz, faisant craindre une explosion des factures pour les Européens. Mais ces prix sont-ils réellement liés ? Et peut-on simplement les décorréler ?
Tout d'abord, il n'a jamais été décidé arbitrairement que l'électricité serait indexée sur le gaz. Comme souvent, les choses sont un peu plus complexes. Avec l'ouverture à la concurrence et la directive de l'électricité de 1996, le "marché du gros" suit la logique des "enchères". L'économiste Jacques Percebois nous la résume ainsi : "Avant, lorsque EDF était seule sur le marché, l'entreprise vendait son électricité selon le coût estimé de sa production. Mais quand les prix ont arrêté d'être régulés par un seul acteur, un système d'enchères s'est mis en place entre producteurs. Chacun d'entre eux propose le mégawattheure à un tarif assez élevé pour recouvrir ses coûts de fonctionnements", explique-t-il.
Sauf que tous les producteurs d'énergie n'ont pas des coûts de fonctionnement similaires. Pour le renouvelable, "le coût est le plus bas", rappelle le professeur émérite à l'Université de Montpellier et directeur du Centre de recherche en économie et droit de l’énergie (Crede). Suivent les centrales nucléaires, les centrales à charbon et enfin, les centrales à gaz.
Donc, quand la demande en électricité est basse, le prix l'est aussi. Les centrales pour qui le mégawattheure est cher à produire ne tournent plus, et attendent que les enchères montent. Mais nous sommes aujourd'hui dans la situation inverse. Compte tenu de la forte demande, les centrales à gaz tournent à nouveau, relevant les enchères. Mécaniquement, c'est le prix décidé par la dernière centrale dont le marché de l'électricité a besoin qui fixe les tarifs. Il ne s'agit pas là d'une quelconque décision politique, mais d'une "logique de l'offre et de la demande".
Avec des prix du gaz "multipliés par dix" qui impactent le marché du gros, l'électricité a suivi la tendance, profitant aux producteurs d'une électricité bas coût. "Quand le marché fonctionne normalement, les bénéfices pour le producteur ne sont pas excessifs. Mais aujourd'hui, certains producteurs perçoivent une rente bien au-delà de ce qui couvre leurs coûts complets."
Voilà pour le constat. Alors, quid des solutions ? On ne peut pas baisser les prix du marché, au risque que les centrales à gaz arrêtent de proposer leur électricité. "Si la centrale est fermée, on ne peut plus satisfaire la demande", souligne en effet Jacques Percebois. Et on ne peut pas décider de simplement arrêter d'indexer l'électricité sur les coûts de la centrale à gaz. "Madame Von der Leyen [présidente de la Commission européenne, NDLR] ne peut pas décider que la loi de l'offre et de la demande n'existe plus", ironise l'économiste. C'est pourquoi trois mesures peuvent être envisagées.
La première consisterait à faire un marché avec deux prix. L'option, proposée par la Grèce, reviendrait à segmenter le marché. Ce qui se révèlerait sûrement être une "usine à gaz", lâche notre interlocuteur, "sans mauvais jeu de mot". "C'est un produit identique, le même électron qui est vendu. On ne peut pas le proposer à deux prix différents."
Les deux autres options reviennent quant à elle non pas à "décorréler" les deux prix, mais à en atténuer les effets. Il y a ainsi ce que le professeur d'Université...
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