La vidéo est vieille de presque quatorze ans. Mais on l’y reconnaît à son visage mafflu et barbu – une barbe noire, assez broussailleuse, qui peine à cacher sa jeunesse. Hier comme aujourd’hui, l’allure est trapue ; le personnage affublé de couleurs sombres. Assis en tailleur sur un matelas à même le sol, sa mine paraît pourtant moins patibulaire qu’à l’accoutumée. Plus encore, le clerc échange des sourires, voire quelques éclats de rire, avec le journaliste qui l’interroge. Penché sur son téléphone, il part à la recherche de quelques poèmes de son « répertoire ». À peine rimeur, Moqtada Sadr se révèle aussi piètre orateur : une diction saccadée, une présence scolaire. Ses écrits visent à célébrer l’amour de la patrie, à pleurer les divisions fratricides qui la saignent. Ils sont à son image : celle d’un apôtre de la souveraineté irakienne, partisan d’un nationalisme chiite opposé à Washington et distant de Téhéran. Celle, aussi, du grand ponte de la contradiction et de la volte-face en politique. Les vers boursouflés semblent avoir été déclamés de Najaf en 2008, alors que le leader de l’Armée du mahdi est visiblement replié en son domicile, dans le sillage de la bataille de Bassora, quand le Premier ministre de l’époque, Nouri el-Maliki, lance une opération militaire de grande envergure pour déloger les miliciens à la solde du clerc qui tiennent la ville pétrolière.
Sadr et Maliki. Les deux hommes se partageaient déjà le haut de l’affiche irakienne en 2008. Ils se retrouvent en 2021 plus en forme que jamais. Le mouvement sadriste emmené par son chef de file populiste est arrivé largement en tête du scrutin législatif tenu dimanche dernier. Son riv...
[Courte citation de 8% de l'article original]