C'est peut-être le fait que leurs auteurs et autrices aient porté leurs textes en eux et en elles depuis des années et des années. À moins que ce soit dû à l'envie dévorante de marquer les esprits d'entrée au sein de cette rentrée littéraire une nouvelle fois très chargée (490 romans, on le rappelle). Quoi qu'il en soit, les bons premiers romans sont très nombreux en cette année 2022. Ils sont vifs, incisifs, originaux, et c'est réjouissant.
On le sait bien, c'est cruel, certains passeront sans doute inaperçus, noyés dans la masse des parutions. On le sait aussi, même parmi les dix auteurs et autrices (cinq hommes et cinq femmes) figurant dans la liste de recommandations ci-dessous, tout le monde ne parviendra peut-être pas à franchir le cap si délicat du deuxième livre. En tout cas, il faut lire sans tarder Polina Panassenko, Maria Larrea et les autres, tant pour les soutenir que pour en prendre plein les yeux.
Nombreux sont les récits autobiographiques de cette sélection. Ce qui n'est évidemment pas un problème à condition qu'ils soient réussis. C'est le cas de Tenir sa langue, très beau livre dans lequel Polina Panassenko, née à Moscou au milieu des années 1980, raconte avant tout comment elle a lutté pour récupérer son prénom. Il faut dire qu'à son arrivée en France, elle fut officiellement rebaptisée Pauline par son père, à des fins d'intégration –acte réellement recommandé par notre ministère de l'Intérieur, vous ne rêvez pas.
Sauf que Polina refuse de fusionner avec Pauline, et entreprend un combat juridique en forme de parcours de la combattante afin de récupérer sa pleine identité. Et c'est loin, très loin d'être un caprice. L'occasion pour l'autrice de se retourner sur son existence, ses premiers souvenirs datant de janvier 1990 (avec l'interminable file d'attente devant le premier McDonald's moscovite) et du 19 août 1991, le jour où les chars d'assaut ont débarqué dans son quartier.
La suite, c'est la fin de l'URSS et le grand voyage vers la France. Là, Polina Panassenko déploie un récit très drôle et très fin sur son immersion dans le système français et ses valeurs. Les passages sur l'apprentissage de la langue, qui passe autant par le système scolaire que par les Minikeums et les pubs pour les brioches Pitch, valent leur pesant d'or. Tenir sa langue est un récit précieux, ni tire-larmes ni moralisateur, mais au contraire plein de piquant et d'irrévérence.
Tenir sa langue
de Polina Panassenko
Éditions de l'Olivier
192 pages
18 e...
[Courte citation de 8% de l'article original]