Enlisement en Ukraine : comment les services secrets russes ont induit le Kremlin en erreur

LCI - 20/08
[VIDÉO] - À quelques jours du déclenchement de l'offensive, les services secrets russes croyaient à une guerre-éclair. C'est ce que révèlent des enregistrements des communications de leurs espions, relayés par Le "Washington Post". Or, le Kremlin et l'armée russe ont largement pensé leur stratégie sur la base des rapports de ces agents.

À quelques jours du déclenchement de l'offensive, les services secrets russes croyaient à une guerre-éclair.
C'est ce que révèlent des enregistrements des communications de leurs espions, relayés par Le "Washington Post".
Or, le Kremlin et l'armée russe ont largement pensé leur stratégie sur la base des rapports de ces agents.

À quelques jours seulement de l'offensive russe en Ukraine, les responsables des services secrets russes (FSB) ont envoyé à leurs informateurs basés à Kiev des messages qui indiquaient implicitement l'imminence d'une prise de contrôle de la capitale ukrainienne. Ces collaborateurs du Kremlin devaient quitter l'Ukraine au plus vite... mais en laissant derrière eux les clés de leurs appartements, pour que les agents du FSB puissent s'y installer. Le plan supposait une chute rapide de l'État ukrainien, et son remplacement par des responsables ukrainiens prorusses à tous les leviers du pouvoir. Mais tout ne s'est pas passé comme prévu.

C'est le Washington Post qui a obtenu des transcriptions de ces communications, transmises notamment par les services de sécurité ukrainiens, et que le quotidien a pu faire analyser par des responsables américains. Ces échanges entre le "Département de l'information opérationnelle" du FSB, et ses agents ou collaborateurs infiltrés en Ukraine, laissent entrevoir l'invraisemblable erreur d'analyse dans laquelle ce service tentaculaire du régime russe a persisté, contre toute évidence. Or, c'est sur les rapports du FSB que s'est fondée la stratégie du ministère de la Défense, en prévoyant une victoire rapide et écrasante, et une prise de contrôle totale de l'appareil d'État ukrainien.

Les services secrets russes étaient tellement sûrs de leur fait, que ses responsables se préoccupaient plus, quelques jours avant le début de l'offensive, des appartements qu'ils allaient pouvoir obtenir à Kiev, que de la difficulté à renverser le gouvernement Zelensky. Ils entendaient récupérer pour cela les logements laissés vacants par leurs informateurs ukrainiens, pour faire place aux nombreux agents russes qu'ils avaient prévu d'envoyer sur place. Certains d'entre eux seraient d'ailleurs effectivement entrés en Ukraine aux côtés de l'armée russe, mais n'ont jamais pu atteindre l'objectif de la capitale comme c'était prévu. Et ils ont dû se retirer comme les militaires, quand ceux-ci ont été redéployés sur les fronts du sud et de l'est de l'Ukraine.

Opérations de sabotage demandées par Moscou

Le FSB avait largement infiltré tous les échelons de la société et de l'État ukrainiens, fruit d'un travail long de plusieurs décennies. De nombreux contacts et informateurs étaient rémunérés par les services secrets russes, mais semblent ne pas avoir répondu de la façon qu'on attendait d'eux, quand l'offensive a finalement été déclenchée le 24 février dernier. Certains, appartenant notamment aux services de sécurité ukrainiens, ont bien obéi et effectué les opérations de sabotage qui leur avaient été demandées par Moscou, mais beaucoup semblent avoir rechigné, et n'ont pas eu l'impact escompté.

Surtout, c'est l'analyse de la réaction de la population ukrainienne qui semble avoir été complètement faussée. Le FSB avait pourtant fait réaliser des sondages d'opinion, qui montraient que des pans entiers de la population avaient bien l'intention de résister en cas d'invasion russe. Mais c'est pourtant un récit tout autre qui a été remonté à Moscou, et qui a amené le Kremlin et les militaires à penser qu'ils seraient accueillis en libérateurs. La raison de ce hiatus est inconnue, et sujette à diverses interprétations. 

Pour un responsable occidental de la sécurité, contacté par le Washington Post, "il y avait beaucoup de vœux pieux dans l'armée russe et dans ses propres services de renseignements. Mais c'est du FSB qu'ils sont venus au départ". Par peur de les transmettre, ou par incapacité à les comprendre, ces informations faussées sont remontées jusqu'au sommet de l'État, qui a basé sur elles une stratégie de guerre-éclair, pourtant vouée à l'échec.

"Les Russes ne s'attend...
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