Il y a deux ans et demi, la France et le monde étaient démunis face à l'émergence du Covid-19. Désormais, le pays peut compter sur de nombreux outils pour limiter l'impact des successions de vagues sur les services hospitaliers. Parmi eux, les vaccins - plus de 53,6 millions de Français sont primo-vaccinés -, mais aussi les traitements, dont le Paxlovid. Ce médicament, administré par voie orale pendant les premiers jours suivant un test positif et autorisé en France depuis janvier 2022, paraît toutefois sous-utilisé.
Dans son dernier avis avant sa disparition programmée, le 31 juillet, le Conseil scientifique a regretté que "la principale ressource médicamenteuse [...] pour les patients à risque de forme grave" soit "mal connue des médecins de première ligne et des pharmaciens".
Cette pilule développée par Pfizer à destination des personnes vulnérables semble pourtant efficace. "Une étude israélienne, disponible en pré-print (pas encore relue par les pairs, ndlr), conduite chez des patients à risque d'évolution vers une forme grave, vaccinés ou non, et infectés par le variant Omicron, montre une réduction du risque d'hospitalisation de 67% et du risque de décès de 81% uniquement chez les patients de plus de 65 ans", fait savoir le Conseil.
Outre-Atlantique, son utilisation est particulièrement développée. Le président des États-Unis, Joe Biden, tout juste testé positif au Covid-19, vient par exemple d'entamer un traitement avec cette pilule. En France, son recours est plus contenu. "L'accès au médicament était initialement complexe pour les médecins généralistes et les pharmaciens, mais malgré la simplification des procédures, l'information des professionnels reste encore probablement insuffisante", déplore le Conseil scientifique.
D'après Jean-François Delfraissy et ses collègues, seuls 4000 à 5000 patients sont traités chaque semaine dans le pays avec le Paxlovid. "Ce nombre reste insuffisant", commentent-ils. "Il faut d'urgence explorer les pistes qui permettraient de lever les réticences à son utilisation [...] et mieux accompagner les prescripteurs."
Les membres chargés de murmurer à l'oreille des autorités depuis le début de la pandémie notent que la "perception des soignants et des patients d'une moindre gravité du variant Omicron dans une population largement vaccinée" a freiné l'utilisation de ce médicament. Denis Malvy, infectiologue et membre du Conseil scientifique, trouve dommage que le Paxlovid soit boudé. "Le Conseil scientifique soutient un usage plus soutenu pour les malades à risque", expliquait-il jeudi 21 juillet lors de la dernière conférence de presse du Conseil, plaidant pour que les pharmacies jouent un "rôle essentiel" en ce sens.