Elle a fui l’Iran à cause d’une sextape : Zar Amir Ebrahimi renaît dans "Les Nuits de Mashaad"

LCI - 12/07
[VIDÉO] - Zar Amir Ebrahimi a reçu le prix d’interprétation du dernier Festival de Cannes pour "Les Nuits de Mashaad", en salle ce mercredi. Il y a 15 ans, la carrière de cette star montante du cinéma iranien a été brisée suite à la diffusion illicite d’une vidéo intime. Exilée en France, elle y a reconstruit sa vie avant cet incroyable retour à l’écran qu’elle a raconté à TF1info.

Zar Amir Ebrahimi a reçu le prix d’interprétation du dernier Festival de Cannes pour "Les Nuits de Mashaad", en salle ce mercredi.
Il y a 15 ans, la carrière de cette star montante du cinéma iranien a été brisée suite à la diffusion illicite d’une vidéo intime.
Exilée en France, elle y a reconstruit sa vie avant cet incroyable retour à l’écran qu’elle a raconté à TF1info.

Il y a des récompenses qui ont plus de valeur que d’autres. Le 28 mai dernier, l'Iranienne Zahra "Zar" Amir Ebrahimi, 41 ans, a eu bien du mal à dissimuler son émotion en recevant le prix d’interprétation féminine du 75e Festival de Cannes pour sa performance captivante dans Les Nuits de Mashaad. Sur la scène du Palais des Festivals, elle livre un discours bouleversant sur la condition des femmes dans son pays. Et remercie "la France, ce pays exotique où des gens heureux adorent être malheureux". Vous allez vite comprendre pourquoi.

Dans le film très noir de son compatriote Ali Abbasi, elle incarne Rahimi, une journaliste intrépide qui enquête sur les meurtres inexpliqués de plusieurs prostituées. Ce rôle, qu’elle a décroché presque à la veille du tournage, marque son retour au premier plan après une longue période d’exil. Et une histoire sordide qui a failli lui coûter la vie…

Zahra Amir Ebrahimi le 28 mai dernier à Cannes - AFP

Née à Téhéran en 1981, Zar a 16 ans lorsqu’elle travaille sur ses premiers courts métrages. Elle étudie le théâtre et les beaux-arts, se rêve actrice et réalisatrice, un métier plutôt rare pour une femme en Iran. En 2006, elle accède à une grande notoriété grâce à sa participation à deux séries télé très populaires. Jusqu’au scandale qui bouleverse son existence à jamais.

"Une vidéo de ma vie privée avec mon petit copain a été volée", nous raconte-t-elle, au dernier Festival de Cannes, quelques jours avant son sacre. "Du jour au lendemain, je découvre qu’elle circule en DVD dans la rue et peu à peu tout le monde commence à la regarder à travers le pays. Ça devient un immense scandale et je passe alors six mois en interrogatoires, avec interdiction de sortir de ma maison."

Privée de ses droits les plus élémentaires

Si, aux États-Unis, des starlettes comme Paris Hilton ou Kim Kardashian ont lancé leur carrière grâce à une sextape, Zar, elle, risque la mort. "Selon les lois islamiques, une femme ne peut même pas marcher avec un homme dans la rue sans être mariée. Alors si tu t’exposes avec ton petit copain, nue, sans hijab… Imagine un peu", soupire l’actrice qui fait ce récit avec un mélange de gravité et de pudeur qui donne la chair de poule.

"Au départ, la chance que j’ai eue, c’est que j’étais assez connue. Les autorités ne pouvaient pas vraiment me toucher. C’est l’époque où Ahmadinejad était au pouvoir, on pensait que le système était en train de changer, il y avait des réformistes qui peut-être avaient envie de m’aider. Mais j’étais de plus en plus sous la pression."

Au fil des jours, Zar comprend que son statut de femme la prive de ses droits les plus élémentaires. "Mon petit copain a été en prison pendant deux ou trois semaines, parce qu’on pensait que c’est lui qui avait diffusé la vidéo. Mais il n’a eu aucun procès", se souvient-elle. "Le mec qui l’a volé ? On l’a trouvé, mais il n’a eu aucun problème. Il a continué sa carrière, il est devenu un grand comédien de théâtre. En fait, tout était pour moi : peu importe si c’était moi sur la vidéo, peu importe comment elle a circulé."

Pendant de longues semaines, la justice va enquêter sur la "moralité" de l’actrice en faisant appel à son entourage. "Ils ont interrogé les hommes avec qui j’ai travaillé, les hommes que j’ai embrassés, les hommes avec qui j’ai fait la fête… Même les hommes auxquels j’ai serré la main. À la fin, il y a dix personnes, des amis d’enfance jusqu’à mes collègues de travail, qui ont été impliquées."

La prison, ok. Mais les coups de fouet, cet acte inhumain, cette humiliation totale, jamais.

Zar Amir Ebrahimi

À l’approche du procès, les avocats de l’actrice lui apprennent que pour ces "relations hors mariage", simplement, elle risque l’interdiction de travailler, plusieurs années de prison et des centaines de coups de fouet. "La prison, ok. Mais les coups de fouet, cet acte inhumain, cette humiliation totale, jamais", lâche-t-elle en nous regardant droit dans les yeux.

Bravant l’interdiction de sortie du territoire qui a été prononcée contre e...
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