Réchauffement climatique : "La pratique de l'alpinisme est aujourd'hui plus difficile"

LCI - 05/07
[VIDÉO] - Le changement climatique est particulièrement visible dans les massifs français. Le recul des glaciers, notamment, a forcé les guides de haute montagne à repenser leur métier. La pratique de l’alpinisme est devenue plus dangereuse et aléatoire, détaille Ludovic Ravanel, chercheur au CNRS et membre du bureau des guides de Chamonix.

Le changement climatique est particulièrement visible dans les massifs français.
Le recul des glaciers, notamment, a forcé les guides de haute montagne à repenser leur métier.
La pratique de l’alpinisme est devenue plus dangereuse et aléatoire, détaille Ludovic Ravanel, chercheur au CNRS et membre du bureau des guides de Chamonix.

C’est une réalité qui a été cruellement mise en lumière ce week-end, avec l’effondrement du glacier de la Marmolada en Italie, qui a fait au moins sept morts : le changement climatique déstabilise de plus en plus la haute montagne. Selon les experts du Giec, la fonte des glaces et des neiges est  l’une des dix menaces majeures causées par le réchauffement climatique. Les glaciers en Scandinavie, en Europe centrale et dans le Caucase pourraient ainsi perdre 60 à 80% de leur masse d'ici à la fin du siècle. 

En France, selon l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC), entre 2001 et 2013, les glaciers français ont reculé, en moyenne, de 18,8 mètres. Des changements qui ont un impact important sur les pratiques sportives en montagne et notamment pour les guides de haute montagne, qui accompagnent chaque année des milliers d’amateurs de sensations fortes sur les plus hauts sommets de l’Hexagone. 

Ludovic Ravanel, chercheur au CNRS au laboratoire Environnements, dynamiques et territoires de la montagne et membre du bureau des guides de Chamonix, détaille pour TF1info les nouveaux enjeux auxquels doit faire face sa profession. 

Le changement climatique affecte les massifs, comment l’observez-vous dans la pratique de la haute montagne ?

Le changement climatique a une multitude d’effets sur les sommets. Nous avons recensé 15 processus glaciaires et périglaciaires qui sont susceptibles d’engendrer des changements pour la pratique de l’alpinisme. Et via une large enquête effectuée auprès des guides, nous avons pu constater que l’alpinisme traditionnel qui était pratiqué au cœur des étés des années 1970/1980 en France n’est aujourd’hui plus possible, puisque les conditions se sont largement dégradées. 

L’alpinisme n’est bien sûr pas mort, mais de manière générale, sa pratique est plus difficile et nous avons largement dû nous adapter. Aujourd’hui, il est plus délicat de gravir un sommet en été au cœur du mois d’août, on s’oriente donc davantage sur des offres au printemps.

Notre moment de bascule est survenu durant l’été caniculaire de 2013, où les guides de haute montagne ont pris réellement conscience du réchauffement en haute montagne. Le second point de bascule a été la nouvelle vague de chaleur de l’été 2015. Depuis, nous n’avons eu quasiment que des étés caniculaires ayant un impact important sur les glaciers et les sols en haute montagne.

Les courses les plus faciles deviennent les moins praticables

Ludovic Ravanel

Comment les guides ont-ils adapté leur pratique face aux nouveaux risques qui apparaissent ?

On a dû changer plusieurs aspects. Ainsi, les guides n’emmènent désormais plus des cordées de deux ou trois personnes, mais privilégient un seul participant. C’est notamment le cas lorsqu’on effectue l’itinéraire qui va de l’Aiguille du Midi vers le sommet du Mont-Blanc. On va également équiper certains secteurs qui ne l’étaient pas en raison du retrait des glaciers pour tenter de les sécuriser. Enfin, on doit être davantage réactifs aux conditions et être capables de se déplacer rapidement afin de bénéficier de bonnes conditions sur certaines courses. 

Cela suppose d’avoir un programme plus souple avec les personnes que l’on accompagne pour s’adapter aux conditions changeantes. Une sortie d’alpinisme prévue dans le massif de Chamonix peut se transférer dans les Écrins si les conditions deviennent bonnes dans ce massif (des Hautes-Alpes, ndlr). Pour cela, nous avons appris à travailler avec les réseaux sociaux pour êt...
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