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“Otage judiciaire” : vaincre le temps pour ne pas crever
Atlantico -
17/04
Michel Thierry Atangana et Anna-Véronique El Baze publient « Otage judiciaire » aux éditions du Cherche Midi. L'histoire de Michel Thierry Atangana est glaçante. Un matin de mai 1997, ce Français est arrêté à Yaoundé, où il travaille. Les autorités camerounaises l'accusent de détourner des fonds au bénéfice d'un opposant au pouvoir. Condamné sans preuves, il passera dix-sept ans enfermé au sous-sol du secrétariat à la Défense. Extrait 1/2.
18 août 2002. Dans le sombre couloir qui mène à ma cellule, je croise Titus Edzoa. Arrivé à ma hauteur, l’homme marque une pause. Les gendarmes qui l’encadrent laissent faire. Ils sembleraient presque émus de ma tristesse.
Le professeur me trouve affaibli, s’étonne de mes larmes.
« Ne montre pas ta faiblesse aux militaires. Un homme d’État ne pleure pas », me lâche-t‑il, la voix empreinte d’une stupide solennité.
Je ne suis pas un homme d’État. Je suis un fils qui pleure sa mère ! Tu viens de mourir et celui pour qui j’ai ruiné mon existence, l’homme qui a causé ta mort, me donne une leçon de vie. Je serre les dents. Les poings aussi. Les mots de ce misérable technocrate ne sont décidément dictés que par sa soif de pouvoir. J’ai tout sacrifié pour lui éviter l’exécution capitale. Je ne veux ni reconnaissance ni compassion. Juste qu’il se taise !
Et il reste planté là, ses petits yeux perçants injectés de sang. Que les gendarmes l’emmènent. Cela fait cinq ans que nous nous croisons dans la pénombre du sous-sol. En silence, toujours. Pourquoi l’ont-ils laissé me parler? Il me fixe à travers ses petites lunettes d’un air suffisant. Je voudrais lui cracher au visage.
Je reste impassible.
Tu es morte à cause d’une vermine. Je suis si désolé maman.
L’ancien secrétaire d’État Biya et moi sommes condamnés à la même peine. Mais sa cellule est plus grande. Sans doute un privilège réservé aux hommes d’État qui ne pleurent pas. Il sait ce qu’il me doit, mais depuis notre condamnation il n’a jamais cherché à me parler. Nos rapports sont inexistants. La situation est opaque : est-il à l’origine de la rumeur sur mon prétendu engagement à devenir son directeur de campa... [Courte citation de 8% de l'article original]
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