Comme les Grecs, les Chinois et les Indiens, les Iraniens possèdent l’une des plus anciennes civilisations du monde, et constituent l’un des très rares peuples à vivre au sein des mêmes frontières que leurs ancêtres. Le « monde iranien », qui déborde encore largement ses frontières administratives, a toujours constitué un pont entre l’Asie et l’Europe, que ce soit par l’entremise des antiques routes des Achéménides, qui reliaient déjà le monde méditerranéen à l’Asie, ou via la « route de la soie ». Téhéran, d’ailleurs, se situe à égale distance de Paris et de Pékin. Cœur du monde asiatique, l’Iran concentre bien des enjeux géopolitiques contemporains, et demeure pourtant dans l’isolement depuis quarante ans, phénomène qui ne lui est pas toujours exclusivement imputable. Il se trouve plus que jamais à la croisée de multiples chemins : entre les ambitions impériales de sa voisine immédiate, la Turquie, sur le monde arabo-musulman, et la conquête de puissance mondiale d’une Chine avide d’énergies fossiles ; entre une jeunesse qui souhaite vivre libre au sein du monde globalisé, et des dirigeants usés par le pouvoir, dépositaires d’une idéologie et d’un régime dont les fondations vacillent de plus en plus.
Bien qu’il n’ait jamais été colonisé, l’Iran conserve le pénible souvenir de son impuissance face aux appétits russes et anglais qui se sont exprimés lors du « Grand Jeu », qui marqua la géopolitique de l’Asie centrale au XIXe siècle et aboutit à la création de l’Afghanistan. Et quoiqu’il ne soit plus, depuis longtemps, l’immensité territoriale sur laquelle régnaient les Achéménides ou les Sassanides, le « Grand Iran » culturel touche tous les enjeux d’une région toujours aussi tumultueuse. L’Iran estime conserver un droit de regard sur ce qui se passe au-delà de ses frontières, en vertu d’un attachem...
[Courte citation de 8% de l'article original]