Quel film succédera ce soir à Titane, la Palme d’or rugissante de Julia Ducournau l’été dernier ? Le baromètre de la presse est souvent à côté de la plaque et c’est presque normal, puisque le palmarès est établi par un jury d’artistes dont l’alchimie est aussi mystérieuse qu’imprévisible. Le président Vincent Lindon a-t-il retrouvé son âme d’enfant, comme il l’espérait en arrivant sur la Croisette ? Ses collègues vont-ils le convaincre de faire un choix plus politique ? Les délibérations ont commencé à l’heure où nous écrivons ces lignes et il faudra patienter jusqu’à 20h30 et la cérémonie de clôture pour en connaître le verdict. Nous, on a vu beaucoup de films, du franchement brillant au très décevant. Et on a décidé de vous livrer ce palmarès qui n’engage que son auteur…
C’est seulement son deuxième film. Mais il porte la marque des plus grands. Quatre ans après avoir été révélé à Cannes avec Girl, l’histoire d’une danseuse née dans un corps de garçon, le jeune réalisateur belge Lukas Dhont raconte le drame terrible qui va unir Léo et Rémi à jamais. Chaque silence, chaque regard, chaque geste frémit d’une émotion qui étreint le spectateur dès la première seconde et le poursuit bien après la projection. D’une infinie délicatesse, cruel et poétique à la fois, Close nous rappelle l’adolescent que nous avons tous été. Et nous invite à aimer nos enfants comme ils sont.
Dans Le Caire Confidentiel, Tarik Saleh avait utilisé les codes du film noir pour raconter la corruption d’un système qui a conduit au soulèvement populaire de 2010. Mi-thriller, mi récit initiatique, Boy From Heaven suit un fils de pêcheur candide pour nous dévoiler l’envers du décor de la prestigieuse université qui forme l’élite religieuse de son pays. Luttes de pouvoir, meurtres et manipulations… C’est à la fois un brillant divertissement, où le suspense rebondit en permanence, et un portrait édifiant de l’Égypte contemporaine, partagée entre le passé et le présent.
Il est de tous les plans, ou presque, du film de Mario Martone. Star du cinéma italien – vous l’avez peut-être vu dans Le Traitre, très applaudi ici à Cannes, Pierfrancesco Favino joue ici un homme d’âge mûr qui a quitté Naples et l’Italie à l’adolescence. Après 40 ans d’exil, il promène son spleen dans les rues d’une ville gravée à jamais dans son cœur, pour le meilleur et pour le pire. Dans ce délicieux film de mafia déguisé en voyage de vacances, il suffit de peu de mots à cet acteur irrésistible pour retranscrire l’état émotionnel de son mystérieux personnage.
Au départ, son compatriote Ali Abbasi l’avait engagé comme directrice de casting. Et pour cause : après avoir fui son pays il y a 14 ans suite à un terrible scandale qui a stoppé net une carrière prometteuse, Zahra Amir Ebrahimi avait presque renoncé à jouer les premiers rôles. Le destin a voulu qu'elle incarne la journaliste obstinée qui traque le tueur en série de prostituées sévissant dans les rues de la ville sainte. Une performance intense qui dénonce, au passage, la misogynie qui imprègne chaque couche de la société iranienne.
En sortant du film, on se dit sans doute un peu bêtement qu’il est incroyable de réaliser un film aussi inventif et enragé à plus de 80 ans. Et pourtant Jerzy Skolimowski réussit un véritable tour de magie en faisant d’un âne terriblement attachant le héros de ce conte cruel qui dénonce la maltraitance animale et la cruauté des hommes qui va avec. Cadrages, musique, découpage et donc direction d’acteur à quatre pattes ...
[Courte citation de 8% de l'article original]