Cannes 2002 : avec "Les Nuits de Mashhad", Ali Abbasi veut mettre une claque à la misogynie en Iran

LCI - 22/05
Avec "Les Nuits de Mashhad", l’Iranien Ali Abbasi signe l’un des premiers chocs du 75e Festival de Cannes. Un film noir qui raconte l’histoire vraie d’un tueur de prostituées, pourchassé par une journaliste. TF1info a rencontré ce franc-tireur qui n’a pas peur de bouleverser les codes.

Avec "Les Nuits de Mashhad", l’Iranien Ali Abbasi signe l’un des premiers chocs du 75e Festival de Cannes.
Un film noir qui raconte l’histoire vraie d’un tueur de prostituées, pourchassé par une journaliste.
TF1info a rencontré ce franc-tireur qui n’a pas peur de bouleverser les codes.

Ali Abbasi frappe fort, très fort avec Les Nuits de Mashhad, en compétition pour la Palme d’or. Après l’étrange Border, prix Un certain regard, il raconte l’histoire d’un tueur en série de prostituées qui a sévi dans la ville sainte de Mashhad, au début des années 2000. Alors que les autorités ferment les yeux sur ses méfaits, une journaliste débarque de Téhéran pour mener sa propre enquête, au péril de sa vie.

Pour donner naissance à ce film noir qui regorge de scènes choc, le cinéaste de 41 ans, installé de longue date en Europe, a été contraint de se rendre en Jordanie, faute d’autorisation de tournage. Il faut dire qu’il ne prend pas de gants pour dénoncer la corruption et la misogynie de son pays de naissance.

L’affaire dont s’inspire le film date de 2001. N’avait-elle jamais été racontée avant à l’écran ? 

Plusieurs fois, oui. Un an après les faits, il y a eu un documentaire qui m’a beaucoup inspiré, And Along Came a Spider. J’ai parlé à son réalisateur Maziar Bahari, qui à l’époque faisait un reportage sur les talibans pour Newsweek, je crois. À l’époque, il attendait à Mashhad de pouvoir franchir la frontière vers l’Afghanistan quand il a entendu parler de cette histoire. Il a pu interviewer Saaed Hanaei, le tueur, ainsi que sa famille. Il y a aussi eu un film de fiction en Iran il y a deux ans. Quand son réalisateur a appris que je voulais tourner le mien, il m’a téléphoné un soir pour m’en dissuader et me suggérer d’aller faire des films à Hollywood après le succès de Border. Mais ce n’est pas comme ça que ça marche ! Il s’est mis en colère, ce que je trouve stupide parce que le sujet est tellement passionnant qu’on pourrait en faire cinq films. Je n’ai pas vu le sien. Mais je doute que le système iranien l’ait laissé aller au fond du sujet.

Le vôtre a été tourné en Jordanie car vous n’avez pas eu les autorisations en Iran. C’est vrai que le bureau de la censure n’a donné de réponse ? 

Ils n’ont jamais dit oui et jamais dit non. Le dernier message que j’ai eu, c’est "viens boire le thé avec nous !". Et vous savez quoi ? Fuck you ! Je voulais le faire exactement à ma manière. J’ai proposé un compromis au départ. J’ai dit : "Je n’aime pas votre censure, mais je voudrais tourner dans mon pays, proprement, sans le faire dans votre dos". Parce que ça légitime la censure, d’une certaine façon. Mais peut-être qu’au final, c’est mieux pour le film de l’avoir tourné en Jordanie.

Dans tous les films iraniens, les femmes se couchent avec leur foulard ! Elles ne touchent jamais personne, elles ne serrent jamais la main

Ali Abbasi

Certains plans relatifs au sexe et à la violence ne pourraient clairement pas figurer dans un film iranien, non ? 

Là, vous parlez de la partie la plus extrême. Mais même filmer la vie quotidienne ordinaire d’une femme est un problème en Iran. Dans tous les films iraniens, les femmes se couchent avec leur foulard ! Elles ne touchent jamais personne, elles ne serrent jamais la main. Nous les Iraniens, nous nous croyons très malins, nous pensons que nous pouvons avoir recours à la métaphore pour exprimer les interdits. Mais la réalité est bien différente…

Ce que vous voulez dire, c’est que la métaphore est une forme d’autocensure ? 

Oui et moi j’en ai marre de ces conneries métaphoriques ! Vous voulez dire quelque chose ? Dites-le ! Ou alors fermez votre gueule. Je ne suis pas aussi raffiné que ces gens, moi je suis brut de décoffrage. Je ne suis pas amoureux de la façon métaphorique de raconter des histoires. Un film, ce n’est pas un bouquet de fleurs, c’est une claque dans la gueule.

Des acteurs qui prennent des risques

Quand avez-vous quitté l’Iran et pourquoi ? 

Quand j’avais 20 ans. Je viens de la classe moyenne aisée, je vivais bien, je n’avais pas de problèmes ...
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