C'est tout sauf un hasard. Alors que Didier Deschamps va dévoiler, jeudi 19 mai, sur les coups de 14h, sa liste pour les quatre matchs de Ligue des nations, prévus du 3 au 13 juin, Amnesty International publie le jour même une "lettre ouverte aux Bleus". À cinq mois du match d'ouverture de la Coupe du monde au Qatar, le 21 novembre, à Doha, l'ONG de défense des droits de l'Homme interpelle les champions du monde. Le but ? Qu'ils se positionnent publiquement les conditions de vie "indignes" des travailleurs migrants dans le riche État du Golfe. "Il est encore temps de ramener la Coupe à la raison", affirme l'organisation, en référence au titre de Vegedream devenu l'hymne officieux du sacre tricolore en Russie.
"Vous entrerez dans la légende, si, en tant que champions du monde en titre, vous nous aidez à défendre et soutenir les personnes migrantes travaillant dans des conditions indignes au Qatar, et sans qui ce Mondial n'aurait jamais pu voir le jour", écrit l'organisation dans cette lettre, relayée par L'Équipe et que TF1info a pu consulter. "Votre talent vaut de l'or, votre parole doit peser tout autant ! Épuisement, maladie, chaleur insoutenable : il est impossible de connaître le nombre de décès - probablement des milliers -, sur les chantiers des stades et infrastructures qui serviront l'hiver prochain à la grande fête du football."
Depuis 2010 et l'attribution de l'événement planétaire à l'Émirat, plus de 6500 travailleurs migrants, qui "représentent plus de 90% de la main-d'œuvre", auraient perdu la vie sur les chantiers pharaoniques, lancés en vue du premier Mondial organisé au Moyen-Orient. Le décompte réalisé, en février 2021, par le très sérieux quotidien britannique The Guardian, démenti depuis par le Qatar, ne présentait toutefois que d'une fourchette basse, en raison de l'extrême opacité des autorités locales.
Une situation dramatique dont Amnesty a alerté à plusieurs reprises la Fédération française de football (FFF). Le 15 décembre dernier, une immense bâche a été déployée sur le siège de l'instance du football tricolore "pour siffler sa faute et la mettre face à ses responsabilités". Finalement, après plusieurs mois de tractations et d'actions, l'ONG qui promeut le respect de la Déclaration universelle des droits de l'Homme a obtenu, le 19 avril, un rendez-vous avec les dirigeants français. Une réunion "positive" lors de laquelle le "message" a été "compris et bien perçu". Mais qui n'est pas vu comme une fin en soi.
Ce serait un geste de justice pour celles et ceux qui paient le prix fort
Amnesty International
D'où cette "lettre ouverte aux Bleus". Souhaitant les éveiller au drame qui se joue au Qatar, Amnesty explique qu'ils croiseront "sans doute ces travailleurs migrants dans (leur) hôtel", leur luxueux camp de base de l'hôtel Al-Messila, à Doha, "ou lors de (leurs) déplacements entre les stades et autres lieux d'entraînements. Ces personnes sont aujourd'hui encore des centaines de milliers à être exploitées par des employeurs sans scrupules, sans même avoir le droit de protester contre leurs conditions."
C'est pourquoi, sans aller jusqu'au boycott, les coéquipiers de Kylian Mbappé doivent "s'investir en exprimant clairement (leur) solidarité, par (leur) parole publique, dans un message sur vos réseaux sociaux ou en signant notre pétition." L'ONG rappelle que le Danemark, leur futur adversaire en poules, s'est joint à la protestation. "Vous êtes plus forts que les Danois sur le terrain ? Soyez-le tout autant dans vos revendications !", lance-t-elle. "Ce serait un geste de justice pour c...
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