Je suis influenceuse et je pense que les réseaux sociaux sont nocifs

Lydia Keating - Slate FR - 09/05
Je gagne ma vie grâce à un système économique qui repose sur le mensonge et nuit à la santé mentale des jeunes.

L'intitulé exact de mon travail est «créatrice de contenus». Je suis payée au post –sur TikTok, Instagram ou YouTube. Les internautes regardent durant quelques secondes ce que j'ai produit, sont peut-être brièvement divertis, puis passent à un autre contenu. On dit de moi que je suis une «influenceuse», ce qui veut dire que je suis payée pour montrer des produits dans mes contenus, afin de donner aux gens l'envie de les acheter. Dans les contrats négociés par mon manager, qui établissent mes tarifs et ce que je dois faire, je suis nommée «le talent». Toutes plateformes confondues, j'ai 1,3 million d'abonnés.

Pour chaque campagne, je reçois un colis contenant le produit et un communiqué par mail. Je suis généralement payée entre 2.000 et 8.000 dollars [entre 1.900 et 7.500 euros, ndlr] pour faire ce que l'on me demande dans le communiqué –j'ai une fois reçu 18.000 dollars pour un seul post sur TikTok, mais c'était exceptionnel, une anomalie choquante. Les montants varient en fonction des plateformes. Les vidéos durent quinze à soixante secondes. On me demande de mentionner certains détails spécifiques sur le produit et on me dit s'il faut ajouter du texte. Toute grossièreté est interdite. Les clients me demandent d'expliquer en profondeur pourquoi j'aime leur produit: il a transformé ma peau, il me donne plus d'énergie que jamais, c'est la chaussure la plus confortable que j'aie jamais portée. Toujours dans l'hyperbole.

Ils me disent d'être naturelle, authentique et de ne pas trop m'éloigner de qui je suis vraiment. Je monte et remonte la vidéo pour qu'il n'y ait pas de pause dans mon discours. J'y mets un zèle et une ardeur qui frisent la maniaquerie. Un sourire est figé sur mon visage durant toute la durée de la vidéo, les pommettes bien saillantes. Les gens adorent ça. Une fille souriante qui s'épanche sur son amour de l'exercice physique, sur internet, non seulement ça plaît, mais c'est surtout très lucratif, comme j'ai pu l'apprendre.

Pouvoirs insidieux

Un jour, je décide de me montrer vulnérable (ce que l'on qualifiera plutôt de «vraie» sur internet) en faisant une vidéo pour parler de mes problèmes de dépression nerveuse. Je clique sur «poster» et je vois le téléchargement progresser, passant de 17% à 83% en quelques secondes. 10...
[Courte citation de 8% de l'article original]

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