Assis sur une chaise en plastique, devant un snack d’atayef à Mazraa, Mohammad vient d’ouvrir ses yeux bleus. De sa poche, il extrait ses notes concernant les listes électorales en lice à Beyrouth II, dix en tout, comme s’il s’agissait d’un classement d’équipes de foot pour des matchs à venir. Plusieurs candidats pourraient plaire à Mohammad. Un « ibn (fils de) Beyrouth » ou ceux « qui offrent des services, parce que c’est tout ce dont le peuple a besoin ». Pourtant, il n’ira pas voter. Le retrait de son zaïm, l’ancien Premier ministre Tammam Salam, l’a convaincu de s’abstenir. Il est loin d’être le seul. Jamais auparavant ce quartier, qui compte 98 000 électeurs inscrits, n’avait abordé les élections dans un tel flou.
Mazraa, c’est un peu un fattouche. Dans ce quartier de Beyrouth, plusieurs Liban se rencontrent. Sunnites, grecs-orthodoxes et chiites, dont le nombre a augmenté après la guerre, partagent souvent les mêmes peines, mais pas toujours les mêmes peurs. Ici, c’est le désespoir qui tient les rênes. Tous sont persuadés que rien ne va changer. Tous sont en colère contre la classe politique. Mais dès que l’on gratte un peu, le kellon yaané kellon (tous ça veut dire tous !), slogan des contestataires d’octobre 2019, laisse place à des allégeances ancrées ou, a minima, à des préférences politiques marquées. Dans ce quartier, à quelques semaines des législatives de mai, la montée en puissance de la communauté chiite et le retrait de Saad Hariri de la scène politique sont dans toutes les têtes.
À tous les coins de rue, les drapeaux des partis traditionnels s’agitent dans le vent. Au premier regard, l’on pourrait se dire que chaque parti a son assise dans ce quartier. À Basta Faouqa, Bourj Abi Haidar, dans les rues perpendiculaires de Barbour, qui mènent à Ras el-Nabaa, les couleurs d’Amal s’imposent dans le paysage. Le drapeau des Ahbache, parti sunnite prosyrien, flotte un peu partout, mais principalement à Barbour et Noueiry. Les posters électoraux de Fouad Makhzoumi, député sortant, sont éparpillés dans la zone – sauf à Tarik Jdidé, fief de Hariri. Malgré son retrait, ses portraits y sont toujours placardés.
Les orphelins de Hariri
Les quatre murs du bureau de Mohamm...
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